Technologies de l'information et des télécommunications en Afrique : une possible révolution ?

Technologies de l'information et des télécommunications en Afrique : une possible révolution ?
Sommaire de l'article
La connexion croissante de l'Afrique
Les infrastructures africaines d'Internet

L'Afrique représente le plus grand défi mondial en termes de technologie de l'information et de la communication (TIC). Le continent enregistre les densités de réseau téléphonique et les niveaux de connectivité Internet les plus bas du monde. Le nombre d'utilisateurs d'Internet en Afrique reste faible, et les tarifs demeurent élevés par rapport aux taux de pénétration et aux coûts pratiqués dans le reste du monde [Akue-Kpakpo, 2013].

Néanmoins, les TIC ont rencontré un succès inattendu en Afrique. Plusieurs analyses mettent en évidence les impacts macroéconomiques des technologies et leurs effets transformateurs sur les sociétés et les économies, en particulier dans les secteurs des banques, de la santé et de l'agriculture. Les autorités publiques, les praticiens du développement, les activistes sociaux et les chefs d'entreprises considèrent l'Afrique comme un nouveau défi, un continent où les TIC pourraient servir de moteur pour la transformation des économies et des sociétés. Certains préconisent ce qu'on appelle la révolution des TIC, vantant son potentiel pour accroître la participation citoyenne et commerciale, la productivité, les compétences et la transparence. Quels sont les espoirs et les défis de cette révolution des TIC en Afrique ? Les populations et les économies africaines adoptent-elles et s'approprient-elles la technologie ? Les TIC peuvent-elles créer une véritable révolution ou une simple évolution avec quelques bonds en avant technologiques ?

Cet article examine la façon dont la communauté internationale et les entreprises ont investi d'importantes ressources politiques et économiques dans les réformes et les infrastructures pour promouvoir l'accès et ouvrir les marchés des télécommunications à travers le continent. Nous passons en revue l'étendue et la valeur de ces investissements. En prenant l'exemple du Rwanda, nous montrons comment les investissements en infrastructures de TIC peuvent s'articuler avec des politiques publiques solides pour promouvoir l'accès à l'éducation et la croissance économique. Nous concluons en analysant l'immense potentiel de la formation en ligne pour continuer à transformer les économies et les sociétés africaines.

Soutien des TIC en Afrique par les organisations internationales et les entreprises

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, des organisations transnationales telles que la Banque mondiale, l'Union internationale des télécommunications (UIT) et l'ONU ont joué un rôle de promoteurs des politiques visant à installer et à développer les TIC sur le continent africain. Ils ont encouragé les réformes économiques du marché africain des télécommunications et soutenu les infrastructures des TIC. En outre, la collaboration entre les parties intéressées des différents États africains, des organisations internationales non gouvernementales et des organisations communautaires autochtones a souhaité que l'accès universel à Internet et à la téléphonie devienne un outil de développement et de justice sociale L'accès universel est une idée promulguée aux États-Unis au milieu des années 1900 pour que l'ensemble de la nation ait accès aux téléphones fixes. . Ce financement des bailleurs de fonds pour l'infrastructure, mais aussi le soutien communautaire, la libéralisation du marché et la promesse d'un vaste marché intérieur ont attiré les entreprises de télécommunications du secteur privé dans la région, élargissant ainsi l'investissement en TIC.

Au cours des années 1990 et au début du nouveau millénaire, les chercheurs et les bailleurs de fonds ont élargi la notion de service universel, en faisant valoir que les gouvernements nationaux devaient jouer un rôle dans la création d'un environnement favorisant la technologie [Woherem, 1993]. Certains ont observé qu'un " consensus se dessinait sur l'importance de l'utilisation d'Internet en tant que catalyseur pour le développement international " [Dzidonu, 2002]. L'ancien Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a défendu la conviction des décideurs politiques selon laquelle les TIC pouvaient aider l'Afrique à se moderniser tout en permettant aux pays en développement de poursuivre leurs objectifs de protection sociale Annan K., 2002, " Technologies de l'information et de la communication, priorités pour le développement de l'Afrique ", communiqué de presse SG/SM/8496 AFR/516, Genève, Nations unies. . L'Initiative de la société africaine de l'information (ISAI) a été lancée en 1996 au moment de la montée des TIC avec un objectif social. La Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA), organisme bailleur de fonds, a veillé à ce que l'ISAI soit adoptée en 1996 par le Sommet des chefs d'État de l'Organisation pour l'unité africaine (OUA) à Yaoundé, au Cameroun. L'ISAI a soutenu les efforts de 28 pays africains pour élaborer des politiques dans le domaine des TIC, que la CEA appelle politiques d'" infrastructures nationales d'information et de communication ".

Des militants africains ont participé au côté des militants du reste du monde aux forums internationaux, tels que le Sommet mondial sur la société de l'information, organisé par l'Union internationale des télécommunications, une institution de l'ONU. L'Assemblée générale de l'ONU a approuvé le Sommet mondial sur la société de l'information en 2001, auquel ont participé des membres de la société civile, des organisations du secteur privé, des gouvernements, des organismes des Nations unies et d'autres donateurs. Les militants sociaux ont pu observer l'émergence d'un nouvel ensemble de technologies et ont reconnu les TIC comme une ressource économique et politique potentielle, et surtout, comme un instrument permettant de débattre des objectifs de justice sociale de longue date, notamment la lutte contre la pauvreté, l'émancipation des femmes et l'amélioration de l'éducation et des soins de santé dans un contexte moderne. Ces militants ont suivi la voie tracée par des acteurs locaux aux États-Unis et ont mis au point un discours soulignant la nécessité de répartir équitablement cette ressource. Ces militants internationaux ont présenté les TIC comme un outil de développement pour les zones rurales défavorisées. Les entreprises du secteur privé ont compris que ces réformes et politiques offraient l'opportunité de créer de grandes entreprises de câblo-distribution ainsi que des groupes de télécommunication sur le continent.

Investissements dans l'infrastructure des TIC en Afrique

Selon l'UIT, Internet est arrivé en Afrique subsaharienne dans les années 1990, au Kenya en 1993 et au Nigeria en 1995. Depuis 2000, l'Afrique a affiché les taux de croissance les plus élevés - jusqu'à 44 % par an - du marché mondial de la téléphonie mobile [Deloitte, 2012]. Toutefois, la pénétration globale d'Internet, comme de la téléphonie, est beaucoup plus faible que dans les pays à revenu intermédiaire ou supérieur [Chabossou, Stork et Zahonogo, 2009]. En 2012, la pénétration d'Internet en Afrique s'élevait à environ 15,6 %, tandis que le reste du monde affichait des taux plus proches de 40,0 Internet World Stats, disponible sur : www.internetworldstats.com %. La plupart des pays sont encore loin d'avoir atteint l'objectif d'accès universel, notamment parce que le raccordement à Internet des ménages et des entreprises en Afrique subsaharienne coûte plus cher que partout ailleurs dans le monde [Akue-Kpakpo, 2013].

Néanmoins, des progrès significatifs ont été accomplis en termes de délocalisation des infrastructures TIC en Afrique au cours de la dernière décennie. En 2009 par exemple, les câbles sous-marins n'entouraient pas encore l'ensemble du continent, ce qui limitait l'accès à Internet haut débit et aux données, dont le coût restait prohibitif pour l'Afrique de l'Est. En 2010, le câble sous-marin Eastern Africa Submarine Cable System (EASSy), un câble de fibre optique de 10 000 milles d'un coût de 265 000 000 dollars partiellement financé par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et d'autres bailleurs de fonds, permettait de connecter les pays d'Afrique de l'Est avec le reste du monde [Akue-Kpakpo, 2013]. En outre, les entreprises de télécommunications du secteur privé basées en Afrique du Sud, notamment Vodacom et MTN, ont joué un rôle clé dans l'expansion des infrastructures et des services. En même temps, deux autres câblo-opérateurs africains, TEAMS et SEACOM, ont largement comblé le fossé de la connexion Internet dans les autres régions. SEACOM s'étend sur 13 700 km ; construit par un consortium comprenant le Fonds Aga Khan pour le développement économique, il a été réalisé pour un coût d'environ 650 millions de dollars. Le câble sous-marin TEAMS (the East African Marine System), qui s'étend sur 4 500 km et dont la construction a coûté 130 millions de dollars, appartient principalement à des parties prenantes kenyanes, notamment l'entreprise semi-publique Telkom Kenya, ainsi qu'à Etisalat des Émirats arabes unis [NPAD, 2014].

En plus des améliorations spectaculaires des liens Internet par câble entre le continent africain et l'Europe, qui ont permis de réduire les coûts et d'augmenter considérablement la vitesse de transmission, un autre élément clé de la croissance des TIC en Afrique a été l'essor de la téléphonie cellulaire sur le continent (UIT, 2013). Les services de téléphonie mobile sont désormais disponibles pour la plupart des habitants d'Afrique subsaharienne. Les opérateurs de réseaux de télécommunications dans cinq marchés subsahariens clés (Nigeria, Tanzanie, Afrique du Sud, Kenya et Ghana) ont investi 16,5 milliards de dollars depuis 2008 [Deloitte, 2012]. En effet, ces opérateurs sont les principaux fournisseurs de toutes les formes de TIC, y compris la téléphonie, Internet et les services de données - plus encore en Afrique que dans n'importe quelle partie du monde.

Les politiques publiques, moteurs des infrastructures et de l'adoption des TIC : le cas du Rwanda

En plus d'avoir attiré le financement nécessaire aux infrastructures de réseau, certains pays africains ont activement promu des TIC par des politiques publiques. C'est le cas du Rwanda : le pays a fortement mis en avant les TIC en soulignant leur importance en tant que moteur socioéconomique. Près de deux décennies après le génocide, le Rwanda est toujours confronté à de profonds problèmes sociaux et économiques. En 2008, le Rwanda figurait parmi les pays les moins développés du monde ; environ 60 % des Rwandais gagnaient moins de un dollar par jour et l'indice de développement humain classait le Rwanda à la 161e place sur un total de 177 pays. L'espérance de vie à la naissance était de quarante-cinq ans seulement. La population à prédominance rurale du Rwanda devrait désormais doubler d'ici 2030.

Dans ce contexte, les TIC au service du développement représentent un élément essentiel pour permettre au Rwanda de passer du statut de pays agricole du tiers-monde à celui de pays du " second monde " axé sur la technologie. En 2008, le gouvernement rwandais, dirigé par son président Paul Kagame, s'est engagé à renforcer le réseau national des TIC ; il a depuis beaucoup investi dans la présence des TIC dans les écoles, les hôpitaux et les services publics. Kagame a annoncé son objectif d'" utiliser la puissance de la science et de la technologie pour transformer " la société rwandaise [Kagame, 2008]. Il s'est inspiré de la rhétorique des États-Unis, et a promis de tirer parti de la science et de l'éducation pour permettre " une transformation socioéconomique plus rapide " et aider le pays à faire de meilleurs choix de développement. Cette vision a été largement soutenue par le monde extérieur, ce qui s'est traduit par la mise à disposition d'importantes ressources par les bailleurs de fonds.

Le gouvernement du Front patriotique rwandais de Paul Kagame estime que les TIC offrent au Rwanda la possibilité de " sauter les étapes clés de l'industrialisation et de transformer son économie dominée par l'agriculture de subsistance en une économie axée sur le secteur des services, l'information de haute valeur ajoutée et la connaissance pouvant rivaliser sur le marché mondial ". Kagame affirme que " le Rwanda court le risque d'être [...] marginalisé s'il ne parvient pas à adopter ces technologies pour transformer son économie et sa société ". Il estime que le potentiel des TIC peut aider à concrétiser la " vision d'une économie moderne pour le Rwanda ". Albert Butare, ministre d'État rwandais à l'Énergie et la Communication, a soutenu Kagame en qualifiant les TIC d'" outil indispensable pour [...] la modernisation ".

L'élément clé des efforts du gouvernement rwandais pour diffuser les TIC auprès de la population rwandaise est l'éducation, l'un des huit piliers de la politique nationale en matière de TIC. Les projets de TIC liés à l'éducation sont multiples, allant de la formation des enseignants à l'utilisation des ordinateurs, le raccordement à Internet et la poursuite de la surveillance et de l'évaluation ou la rédaction de contenu en kinyarwanda (un dialecte), à la numérisation des programmes de mathématiques, biologie, chimie et physique. L'école primaire et les trois premières années de l'école secondaire sont gratuites pour les enfants rwandais.

Le gouvernement met particulièrement l'accent sur la science et la technologie dans l'éducation. En 2008, les dépenses du gouvernement pour promouvoir la science ont atteint 1,6 % du produit intérieur brut du pays. Pour reprendre les mots du directeur de la planification au ministère rwandais de l'Éducation : " Nous voulons utiliser les TIC pour l'éducation. Nous voulons une main-d'œuvre qualifiée Entretien avec Karangwa et Claver, 13 août 2007. . " L'un des principaux objectifs du gouvernement est le déploiement des ressources technologiques nécessaires à la mise en œuvre des réformes éducatives et des initiatives TIC. L'un des objectifs spécifiques est de " faire du Rwanda une nation compétente en IT ", et d'améliorer le système éducatif sur une période de dix ans. Pour atteindre l'objectif de compétence numérique, le gouvernement a lancé un vaste programme visant à déployer et à " exploiter " les ordinateurs dans les écoles.

Depuis 2006, cet effort comprend la mise en place d'ordinateurs dans les écoles publiques et privées ; l'objectif était de donner à chaque école un nombre identique d'ordinateurs indépendamment de la taille ou de l'emplacement de l'école. Les écoles primaires ont reçu un ordinateur portable chacune, tandis que chaque école secondaire devait recevoir dix ordinateurs portables. En outre, chacun des 30 districts du Rwanda devait être doté d'un télécentre. Parmi les efforts supplémentaires, on peut citer la connexion à Internet pour les enfants des écoles élémentaires, les essais de mise en place d'un programme informatique, et la formation de milliers d'enseignants aux compétences informatiques de base, en collaboration avec Microsoft.

Aller au-delà de l'adoption et vers l'appropriation

L'impact des TIC sur les économies africaines a souvent été décrit en utilisant des exemples bien connus, comme les services bancaires par téléphonie mobile au Kenya [Obulutsa, 2005] ou l'utilisation des téléphones portables par les agriculteurs ougandais pour se connecter avec les fournisseurs et les marchés. Ces usages ont un potentiel énorme et leurs utilisateurs les ont clairement adoptés.

Nous présentons ici un exemple moins connu d'une application des TIC qui offre un potentiel immense pour transformer l'Afrique : l'éducation en ligne ou e-learning. L'investissement des pays africains dans les infrastructures et leur orientation vers une plus grande utilisation des TIC peut être une opportunité d'adopter l'éducation en ligne pour un large public - les écoliers, les étudiants, les enseignants, mais aussi les adultes et les entreprises. Des pays comme le Rwanda peuvent être en mesure de s'appuyer sur les expériences actuellement menées dans d'autres pays, notamment les cours en ligne ouverts et massifs (massive open online course, MOOCs) rendus célèbres par les Universités de Stanford et Harvard aux États-Unis, ou encore France Université Numérique (FUN) lancé fin 2013 par le ministère français de l'Enseignement supérieur et de la recherche. Toutefois, l'ampleur potentielle des MOOCs en termes d'adoption et d'appropriation reste controversée.

Un certain éclairage peut être obtenu grâce à l'analyse de plusieurs projets d'e-learning traditionnels axés sur un tutorat rapproché des étudiants. Le projet e-Dev, promu par l'Agence française de développement (AFD), a été lancé dans six pays africains en 2013 : l'Algérie, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Sénégal, l'Afrique du Sud et la Tunisie Dans ces pays, l'AFD s'appuie sur le lancement en 2013 par le gouvernement français de sa propre plateforme de MOOC, appelée FUN (France Université Numérique) avec le CEFEB et l'Agence universitaire francophone, l'AUF. . S'il est encore trop tôt pour apprécier pleinement l'ampleur de l'impact du projet, il permet de tirer des leçons positives et négatives pour ceux qui veulent imiter le concept d'éducation en ligne.

En termes de points positifs, l'apprentissage en ligne offre la possibilité de diffuser plus largement des connaissances à ceux qui habitent loin des centres universitaires traditionnels ou ceux qui ne pourraient autrement assister aux cours. Cependant, l'apprentissage en ligne nécessite de repenser le contenu pédagogique et de l'améliorer, afin d'éviter ou de réduire les taux d'abandon scolaire, qui sont souvent élevés. De toute évidence, plus d'interactivité entre l'apprenant et l'enseignant et/ou ses pairs est nécessaire pour maintenir l'attention de l'étudiant. L'apprentissage en ligne peut également permettre de créer des relations innovantes, plus horizontales, entre les enseignants et les étudiants, ainsi qu'entre les pairs qui contribuent à l'apprentissage mutuel. Il est source également d'un meilleur suivi de l'expérience d'apprentissage de l'étudiant - certains pourraient dire qu'il permet de les surveiller - en analysant les données relatives au temps que ce dernier passe en ligne, le contenu consulté, les examens passés et ainsi de suite. Si de nombreux cours à but lucratif en ligne ne génèrent pas encore de profit, l'apprentissage en ligne coûte moins cher en termes de logistique pour les bâtiments, les transports et autres infrastructures. De plus, il permet de réduire les émissions de carbone, au moins celles qui sont liées au transport, à défaut de celles liées à la production d'électricité nécessaire pour faire fonctionner les réseaux en ligne et les ordinateurs.

Ces points positifs peuvent être contrés par certains écueils techniques, organisationnels et économiques. Le principal réside dans la fracture numérique : l'apprenant doit avoir accès non seulement à un dispositif numérique et à Internet, mais aussi à Internet haut débit pour les contenus gourmands en bande passante tels que des vidéos ou les animations. Ces applications se heurtent à des problèmes de connectivité dans les pays comme le Tchad ou le Congo. L'apprentissage en ligne nécessite également plus d'ouverture d'esprit de la part des enseignants, qui doivent apprendre à utiliser les nouvelles technologies et à enseigner avec elles. Les pratiques traditionnelles d'enseignement doivent être mises à jour, un effort qui peut faire l'objet d'une résistance de la part de certains enseignants et experts. L'apprentissage en ligne nécessite également de nouvelles normes pour mesurer l'efficacité des méthodes d'apprentissage numériques par rapport aux méthodes traditionnelles. Dans certains cas, la solution optimale peut consister à combiner des cours en ligne avec un enseignement en face-à-face. Certains instructeurs estiment que la " classe inversée " [Mazur, 1997] peut être la meilleure voie à suivre. D'après eux, le modèle de classe inversée permet aux élèves d'apprendre en regardant des vidéoconférences en ligne, en général chez eux, et de faire en classe ce qui était auparavant considéré comme les devoirs à la maison, guidés par l'enseignant et aidés par la participation des pairs. Dernier point mais non le moindre, l'éducation en ligne nécessite un investissement initial important dans la production des cours. D'une manière générale, la production de cours en ligne avec peu ou pas de vidéo ou d'animation coûte environ 3 500 € à 5 000 € par heure, tandis que les prix peuvent atteindre 10 000 € à 20 000 € par heure pour des cours très animés. Les coûts élevés de production et de livraison peuvent dissuader certains pays ou certaines écoles de poursuivre des projets de formation en ligne. C'est d'autant plus vrai pour le modèle américain MOOC original, reposant jusqu'à présent sur le libre accès aux cours. Compte tenu des importants investissements déjà requis pour les réseaux, les logiciels, le matériel et l'électricité, l'accès à l'éducation par les cours en ligne pourra s'élargir au Rwanda, par exemple, mais il ne pourra plus être gratuit.

À moins que, comme pour les investissements passés et actuels dans les infrastructures physiques des TIC, les Africains se tournent vers la communauté des bailleurs de fonds pour le financement. Tel est le chemin suivi pour soutenir le premier MOOC conçu par les Africains pour les Africains, actuellement mis en place par l'African Management Initiative (AMI). L'AMI a déjà lancé la première plateforme africaine d'apprentissage gratuit en ligne pour les gestionnaires et les entrepreneurs à travers son campus virtuel. L'organisation vise désormais à offrir des cours de commerce et de gestion en ligne gratuits pour les petits entrepreneurs et les jeunes managers africains en utilisant un modèle hybride associant l'apprentissage par des pairs avec des cours en ligne. En plus de la recherche de subventions, l'AMI souhaite travailler en partenariat avec les écoles de commerce afin de pouvoir " sauter les étapes de la formation traditionnelle en faisant avancer un apprentissage et un développement continu pratique et personnalisé pour les gestionnaires et les entrepreneurs africains " [Harrison, 2013]. Comme c'est souvent le cas avec les nouvelles technologies, les points positifs semblent l'emporter sur les effets négatifs, tout en exigeant une certaine foi de la part des bailleurs de fonds, des gouvernements et des participants eux-mêmes dans le fait que l'investissement et les efforts les aideront à sauter les étapes pour passer du statut de nation en développement à celui de puissance émergente plus démocratique.

Conclusion

Les considérations techniques, sociales, économiques et politiques s'interpénètrent et se chevauchent dans le domaine du déploiement des TIC pour le développement. Assurer l'accès aux TIC pour tous les Africains représente un défi : ce n'est pas simplement une question d'achat d'ordinateurs et de création de télécentres et d'écoles dans les villes rurales. La diffusion des TIC dans toute l'Afrique présente un ensemble complexe de problèmes interdépendants. Elle nécessite la construction des infrastructures physiques, réglementaires, politiques, commerciales et sociales nécessaires pour capitaliser sur la promesse de révolution de la technologie, et doit s'appuyer sur la capacité des citoyens à utiliser la technologie pour faire progresser la démocratie, la participation, la compétence et la transparence.

La connexion croissante de l'Afrique

Tout en restant la région la moins connectée au monde, l'Afrique constitue le continent où le nombre d'utilisateurs d'Internet croît le plus vite actuellement.

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Les infrastructures africaines d'Internet

Le continent africain dispose aujourd'hui de connexions par câble qui augmentent la vitesse de transmission et permettent le réel développement de réseaux Internet.

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