Les quais de pêche, traits d'union entre terre et mer

Date: 2011
Régions:
Les quais de pêche, traits d'union entre terre et mer
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Sommaire de l'article
La pêche sur la grande côte du Sénégal
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Traits d'union entre la terre et la mer, les plateformes de débarquement de capture de pêche constituent un lieu stratégique pour le développement économique et social. À ce titre, elles s'imposent comme un lieu privilégié pour les bailleurs de fonds dans leur politique d'aide au développement des pays côtiers, ainsi qu'en témoignent les financements apportés par l'Agence française de développement (AFD) pour la construction de plateformes de débarquement au Sénégal.

Avec le Maroc, la Mauritanie ou encore la Guinée-Bissau, les eaux territoriales sénégalaises couvrent l'une des zones les plus poissonneuses du monde : 2,5 millions de tonnes de mise à terre par an, soit l'équivalent de la moitié des captures de l'ensemble de l'Union européenne. Au Sénégal, le secteur de la pêche offre ainsi un emploi à 15 % de la population active et contribue fortement à la sécurité alimentaire des populations en fournissant en moyenne 70 % de la consommation domestique en protéines animales.

Le projet développé par l'AFD visait avant tout la pêche artisanale, secteur qui représente 88 % des 415 000 tonnes annuelles de captures sur la dernière décennie. Il avait pour objectif la réduction des pertes post-captures qui s'élevaient à 10 % lorsque les débarquements étaient effectués directement sur le sable. Le projet a donc accompagné la réalisation d'infrastructures nécessaires au débarquement et à la commercialisation des produits, quai ou halle à marée couverte, aire de stationnement pour les mareyeurs, locaux aménagés pour le stockage d'équipements, balisage lumineux pour le repérage et la sécurité nocturne des marins. Une innovation majeure résidait également dans la prise en compte des différents types de pêche dans les projets d'aménagement en intégrant l'action de transformation.

Le projet n'a pas seulement permis de réduire les pertes post-captures, l'objectif initial, mais a également contribué à un meilleur fonctionnement du marché. Lieu de rencontre de l'offre et de la demande, la halle ouverte a permis d'équilibrer le poids relatif des acteurs dans la transaction alors que les pêcheurs étaient auparavant fragilisés puisque dispersés le long du linéaire côtier. De plus, la dynamique a largement dépassé les seuls quais de pêche. Les mareyeurs, grossistes, négociants, notamment les femmes, sont le premier lien entre les pêcheurs et l'hinterland et constituent donc le premier maillon d'une chaîne économique de valeurs. Les effets positifs des aménagements opérés sur leurs activités ont donc eu des impacts bénéfiques sur les maillons suivants - traitement, transformation, exportation, vente au détail... - apportant ainsi une valeur ajoutée supplémentaire au produit final mis à la consommation. En captant des investissements formels et informels, les quais de pêche ont également contribué au développement d'autres activités comme les stations de carburant, les fabriques de glace ou les commerces et restaurants.

Plus largement, l'appropriation par les populations locales des nouvelles règles de marchés, rendues possibles par les nouvelles infra­structures, a eu des effets majeurs sur les institutions d'encadrement du secteur de la pêche. Ainsi, on a observé que les plateformes de débarquement facilitaient l'ensemble du suivi et du contrôle institutionnel de l'activité halieutique. La gestion des pêches a été améliorée par les facilités apportées par les " quais de pêche ", réunissant en un point précis les conditions favorisant (1) l'enregistrement des volumes et des prix, (2) l'application de la réglementation des pêches et (3) la lutte contre la pêche illégale (vérification et immatriculation des pirogues et des autorisations de pêche). Ces effets induits, non envisagés aux premières phases du projet, constituent aujourd'hui un véritable accélérateur pour la réplication de ces expériences 1.

Au-delà des attentes du projet lui-même, cette action a également contribué à la structuration des acteurs de pêche. Dans les années 1990, en effet, les organisations professionnelles étaient peu structurées et il existait une multitude d'organisations de pêcheurs, plus ou moins réelles, et dont l'objectif principal était de mobiliser des financements pour des investissements en matériel de pêche. Les familles professionnelles ont été incitées à se regrouper au sein d'un Groupement d'intérêt économique et industriel (GIEI) qui ont également contribué à rationaliser le fonctionnement du secteur. Ainsi, grâce aux soutiens apportés, notamment en termes de formation, ces groupements se sont progressivement organisés et représentent aujourd'hui une force de proposition et de discussion pour les autorités locales et nationales. Leurs membres ont désormais les outils pour assumer une gestion comptable et financière des infrastructures de débarquement, c'est-à-dire encaisser les redevances des usagers pour des montants souvent très élevés sur les quais les plus importants (plus de 100 000 euros par an à Mbour par exemple pour 40 000 tonnes débarquées) et payer les charges de personnel de collecte et d'entretien, de fonctionnement et de maintenance, ainsi que les impôts ou la TVA.

Ainsi, il est particulièrement frappant de constater que l'aménagement des " quais de pêche " au Sénégal a eu des impacts économiques et sociaux considérables accompagnés d'effets structurants rapides sur les professionnels comme sur le tissu économique et le développement local. Les effets induits, bien souvent non anticipés par les bailleurs, apportent des réponses aux enjeux actuels du secteur des pêches, comme la gestion des stocks ou la lutte contre la pêche illégale. Les quais de pêches sont aujourd'hui devenus un point de passage obligé pour l'aide au développement dans le secteur de la pêche. 1. Ainsi au Maroc, les débarquements et la commercialisation des produits sont effectués dans des halles à marée où des criées organisent les rencontres des vendeurs et des acheteurs pour des transactions au meilleur prix (financements AFD, Millenium Challenge Corporation).

La pêche sur la grande côte du Sénégal

L’Agence française de développement (AFD) a conduit sur la période de 1997 à 2007 deux projets d’aménagement de sites de débarquements sur les côtes sénégalaises. Le premier s ’est concentré sur la Grande Côte du Sénégal (1997-2002) pour l’aménagement des sites de Saint-Louis (Guet Ndar et Gokhou Mbathe), Fass Boy, Kayar, YoffHann-plage, avec un financement de 3,4 millions d’euros. Le deuxième
projet, appelé PAPASUD pour Programme d’Appui à la Pêche Artisanale de la Petite Côte, a été réalisé entre 2002 et 2007. D’un montant de 3,1 millions d’euros, ce projet a concerné des sites répartis sur la Petite Côte (Mbour et la zone de transfor mation de M’Balling, Joal, Djifer/ Palmarin Diamnadio et Dionewar), le Sine Saloum ( FoundiougneNdangane Sambou) et la Casamance (Ziguinchor, Cap Skirring, Diembering, Kafountine, Elinkine). Au Sénégal, d’autres sites ont bénéficié de financement proposés par l’Union européenne et l’État sénégalais.Les sites financés par l’AFD ont leur nom en italique.
Source : D'après les auteurs.

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