L'aide au développement, au-delà des OMD

Date: 2011
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L'aide au développement, au-delà des OMD
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Sommaire de l'article
La baisse tendancielle de l'aide
Les OMD : des progrès certains mais inégaux
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Le sens de l'aide

La crise financière et économique de 2007-2009 a eu d'importantes répercussions sur l'ensemble de la planète et de nombreux pays restent profondément atteints  L'année 2009 a été une année de décroissance pour l'économie mondiale. Malgré le retour de la croissance en 2010, les créations d'emplois se font attendre. . Le découplage des tendances entre, d'un côté, les pays riches et, d'un autre côté, les pays émergents et en développement semble se renforcer  En 2010, les premiers atteignent au plus une croissance économique de 3 %, les autres dépassent 5 %. (voir p. 103). Dans ce contexte, le rôle de l'aide au développement se voit questionné au moins pour deux raisons. D'une part, les budgets de la plupart des pays de l'OCDE sont très contraints, et les priorités sont rarement du côté de l'aide au développement, en dépit du soutien répété des citoyens pour la solidarité et l'aide internationales  Voir les sondages IFOP disponibles sur le site Internet de l'AFD (www.AFD.fr). . D'autre part, le rôle de l'aide - et son efficacité - dans la croissance ou l'émergence d'un certain nombre de pays est parfois mis en doute. La conférence de l'Organisation des Nations unies sur les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en septembre 2010 est venue renforcer cette impression. S'il est intéressant et nécessaire de revenir sur les OMD et leur signification dans le paysage de l'aide au développement, il est important de s'intéresser plus globalement au financement du développement et au contexte de l'action en sa faveur : celle-ci sort peu à peu du cadre formel de l'aide publique au développement (APD) pour s'insérer dans l'action internationale au sens large.

L'année 2010 a été marquée par les 10 ans de l'adoption des OMD  Les OMD cherchent à réduire l'extrême pauvreté et la faim, assurer l'éducation primaire de tous, promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle, combattre le VIH/Sida, le paludisme et d'autres maladies, préserver l'environnement, et mettre en place un partenariat mondial pour le développement. et de la déclaration du Millénaire. Le bilan à 5 ans de l'échéance est mitigé, et l'ensemble des objectifs ne sera probablement pas atteint. Les résultats intermédiaires montrent cependant des progrès encourageants dans la scolarisation des jeunes enfants ou la lutte contre le paludisme. Les pays d'Asie orientale ou d'Amérique centrale et du Sud sont bien placés pour atteindre un grand nombre d'OMD, dans les domaines sociaux et économiques notamment. L'Afrique a également fait de grands bonds en avant, mais les progrès réalisés dans l'accès à l'eau potable ou la santé maternelle, par exemple, restent insuffisants. Ajoutons que 1,4 milliard de personnes vivent encore dans la pauvreté, bien que la lutte contre celle-ci ait progressé sur tous les continents.

La grande innovation des OMD a été d'introduire une matrice de suivi des résultats du développement, aussi imparfaite soit-elle. Ils représentent un compromis entre deux manières de concevoir le développement : la volonté de mettre en place un socle d'objectifs communs à l'humanité et la recherche d'une plus grande efficacité dans les politiques de développement. La déclaration et les objectifs s'inscrivent dans la lignée de la charte de l'ONU, universaliste et positiviste. S'ils ont certainement contribué à inverser la tendance à la réduction des flux d'aide, ceux-ci restent en deçà des promesses, et l'ambition du G8 de Gleneagles de 2005 de doubler l'APD pour 2010 n'est pas atteinte (repère 1). Les OMD ont contribué à conduire les bailleurs à développer une gestion axée sur les résultats et à mieux rendre compte de leurs actions. Cette évolution rejoint les efforts des bailleurs de fonds au cours de la dernière décennie pour promouvoir l'efficacité de l'aide, et l'année 2011 sera marquée par le forum de Séoul sur l'efficacité de l'aide poursuivant le travail initié à Rome (2003), Paris (2005) et Accra (2008). Les deux approches (via les OMD et l'efficacité de l'aide) supposent que les résultats de politiques publiques soient quantifiables et tiennent la coordination des bailleurs pour la clé de l'efficacité. Malgré ces prémisses discutables, les progrès dans l'évaluation des résultats de l'aide sont encourageants.

L'orientation des OMD sur quelques objectifs sectoriels entraîne néanmoins des distorsions quant aux politiques mises en place. Par exemple, dans le domaine de l'éducation, les bonnes intentions et la recherche de résultats chiffrés rapides ont conduit à se concentrer sur la quantité plus que sur la qualité des élèves formés, ce qui peut donner aux statistiques un faux air de réussite. De la même manière, la cristallisation des fonds et des efforts autour de la lutte contre le Sida a détourné l'attention de politiques plus " structurelles " de santé publique indispensables pour le long terme ; ainsi, des auteurs pensent que les OMD s'apparentent à " des soins palliatifs  C'est de cette manière que Erik Reinert considère les OMD : Reinert E., 2007, How Rich Countries Got Rich... and Why Poor Countries Stay Poor, Londres, Anthem Press. " sans traitement de fond. En effet, ils constituent une matrice de résultats utiles pour la sensibilisation du grand public et des décideurs aux grandes questions de développement, mais ils ne constituent à eux seuls des politiques de développement. Le développement économique et social pérenne nécessite une mobilisation politique, financière et technique, afin de simultanément lutter contre la pauvreté et promouvoir une croissance verte et solidaire ; les modes de pensée - et d'action - ont plutôt tendance à les faire se succéder.

Financer le développement

Le débat dépasse aujourd'hui la question de l'orientation de l'aide publique pour s'interroger sur la façon de répondre aux besoins de financement du développement. L'évolution de la scène internationale avec la montée en gamme des donateurs émergents, la concurrence renouvelée entre bailleurs et la nécessité de cristalliser les financements autour de projets et programmes de développement durable rendent la réflexion sur le financement du développement incontournable. Au-delà de la baisse ou de la stagnation des budgets alloués à l'aide publique au développement  Il est à noter que la Grande-Bretagne a prévu de ne pas modifier son budget consacré à l'aide au développement en 2011, alors que les coupes sont nombreuses dans d'autres domaines. , l'aide cherche à mobiliser les contributeurs publics et privés, à accompagner l'élaboration et le financement des politiques publiques, à mettre en place des financements ad hoc (notamment via des financements innovants tels que les assurances, les garanties, l'utilisation combinée du prêt et du don, etc.). Il s'agit de contribuer aux budgets nationaux et internationaux pour qu'à moyen et long termes se pérennisent les systèmes et les mécanismes de création de valeur et de protection sociale : le financement du développement s'inscrit dans le cadre de l'action collective nationale et internationale.

Le paysage de l'aide au développement est aussi marqué par l'augmentation du nombre de bailleurs de fonds, multilatéraux et bilatéraux. La Chine, l'Inde et le Brésil montrent un intérêt pour le développement de leurs voisins, mais aussi pour l'Afrique comme le montre le forum pour la coopération sino-africaine ayant lieu tous les 3 ans  Le prochain aura lieu en 2012 à Pékin après Charm el-Sheikh en 2009. . Cet intérêt prend la forme d'aide publique (prêts et dons), d'accords bilatéraux ou de coopérations techniques, qui sont parfois la continuation de politiques très anciennes (la Chine et, à un degré moindre, l'Inde ont des programmes de coopération avec des pays africains depuis plusieurs décennies). Cette montée en gamme de pays non occidentaux est à la fois perçue comme une chance et comme une menace. C'est une chance puisque d'autres acteurs viennent concurrencer et compléter, selon les géographies et selon les secteurs, les donneurs déjà établis. Dans le même temps, les critiques de l'aide au développement craignent qu'une situation de dépendance s'instaure également avec ces pays. La dépendance, aussi considérée comme le " syndrome hollandais  Le " syndrome hollandais " ou Dutch disease désigne le mécanisme économique par lequel la devise d'un pays est brusquement surévaluée après la découverte d'une ressource naturelle ou (ici) l'afflux de capitaux étrangers. Les autres secteurs de l'économie tendent à pâtir de cette manne sectorielle. ", est une critique récurrente de l'aide depuis les années 1960 et s'appuie sur l'hypothèse que l'aide au développement serait un vecteur de corruption.

Deux éléments sont à prendre en considération pour parler d'aide et de corruption. D'abord, les bailleurs de fonds doivent se conformer à un ensemble de règles contraignantes afin d'éviter toute allocation malhonnête de l'aide publique. Cela étant, l'argent est par nature fongible, l'apport de ressources dans un domaine peut donc libérer des ressources utilisées ailleurs. Il faut ensuite replacer l'aide dans son contexte et rappeler que l'APD se trouve, par nature, confrontée à des économies politiques où la corruption peut jouer un rôle important, et l'aide, dans la mesure du possible, doit s'efforcer de lutter contre la corruption en contribuant au renforcement des capacités. Il serait sans doute plus confortable et facile pour les bailleurs de fonds de travailler dans des situations où la gouvernance est bonne, mais ce serait ignorer la mission première de l'aide, à savoir aider à l'amélioration des situations politiques, économiques, sociales, environnementales. La corruption précède l'aide qui tente de la combattre.

Néanmoins, les conditions de la mise en place des politiques publiques (nationales, régionales, voire mondiales pour les Biens Publics Mondiaux) sont fondamentales pour permettre d'atteindre les OMD et, plus globalement, le développement économique, social et politique. Accéder à un régime de croissance soutenue, verte et solidaire, établir des politiques tenant compte de l'ensemble des acteurs, et la pérennité technique, institutionnelle et financière des institutions sont les objectifs finaux du développement que des financements conséquents ne peuvent déclencher seuls  L'économiste Jeffrey Sachs estime que l'augmentation des montants d'aide au développement résoudrait mécaniquement nombre de questions. . L'adaptation au changement climatique, par exemple, est un enjeu qui dépasse le développement stricto sensu et qui est au cœur même de l'action et de la réflexion des acteurs internationaux sur l'avenir de la planète. La problématique des pays ou régions en crise (stabilité économique, États faibles ou faillis, conflits) est également devenue un enjeu majeur pour les bailleurs de fonds comme pour tous les acteurs internationaux. Ainsi, le développement est, petit à petit, devenu l'affaire de tous, donc de chacun. Les partenariats entre acteurs publics (collectivités locales, bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux) et privés (ONG, entreprises, fonds spécialisés) se multiplient car ils permettent d'impliquer toutes les parties prenantes aux processus de développement. Il s'agit notamment d'allier actions et moyens publics et privés pour servir les intérêts des pays en développement. Ces partenariats public-privé se sont multipliés au cours des dernières années pour la production de biens et services destinés aux plus pauvres.

Sur 135 pays recensés dans le Rapport sur le développement humain des Nations unies de 2010, seuls 3 pays ont vu leur indice de développement humain  Indice composite tenant compte de la richesse, de l'espérance de vie et de l'alphabétisation. décroître depuis 1990, et l'indice moyen de la planète a crû de 18 %  Le rapport est disponible sur Internet : hdr.undp.org/en/media/HDR_2010_FR_Complete.pdf . L'aide au développement se trouve donc à la croisée des chemins. Des auteurs  Voir à ce propos l'essai contesté de Dambisa M., 2009, Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa, New York, Farrar, Straus et Giroux. appellent à sa suppression en raison de son inefficacité supposée  Pour une revue de la littérature sur le sujet, voir Amprou J. et Chauvet L., 2007, " Débats sur l'efficacité de l'aide : fondements et nouveaux enjeux ", Notes et Études, n° 37, AFD. et même des effets pervers qu'elle provoquerait. D'autres appellent à son dépassement sous sa forme actuelle  Severino J.-M. et Ray O., 2009, The End of ODA. Death and Rebirth of a Global Public Policy, Center for Global Development, Working Paper 167. en raison de l'évolution de la scène internationale. Le G20 organise une conférence sur les questions de développement  Sous la présidence de la Corée du Sud. . Les forums de négociation sur le changement climatique se succèdent. La recherche d'efficacité et de résultats tangibles et rapides se fait pressante. La question des volumes d'aide reste importante. Mais ses missions vont désormais au-delà de la lutte contre la pauvreté et de la promotion de la croissance  Il est à souligner que la pauvreté est une notion relative, ce qui rend difficile l'objectif de " fin de la pauvreté ". . L'aide contribue également à l'action collective internationale dans la prévention des situations fragiles et sur les questions climatiques ou environnementales.

La baisse tendancielle de l'aide

Source : CAD, Rapport sur la coopération pour le développement 2010, OCDE.

Les OMD : des progrès certains mais inégaux

Source : United Nations Inter-Agency and Expert Group on the Millennium Development Goals Indicators and MDG Indicators Database.