L'agenda 2020 d'Oxfam : adapter l'ONG à un monde en évolution

Date: 2015
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L'agenda 2020 d'Oxfam : adapter l'ONG à un monde en évolution
Sommaire de l'article
Un réseau en continuelle adaptation

Oxfam est une ONG fondée en Grande-Bretagne en 1942. Concue d'abord comme une organisation de secours d'urgence, elle a rapidement évolué et mis en œuvre des programmes de développement durable dans les communautés vulnérables. Dans le cadre du mouvement mondial de la société civile, Oxfam milite également contre les causes de la pauvreté, revendiquant l'équité économique et de meilleurs services de santé et d'éducation pour tous. Elle se bat pour un système alimentaire mondial plus équitable et plus durable, pour les droits des personnes victimes de conflits ou de catastrophes et lutte contre le changement climatique.

En 1995, l'ONG est devenue une confédération de onze membres - Oxfam Royaume-Uni et Irlande ayant été rejoints par huit autres organisations de secours d'urgence et de développement basées en Australie, en Belgique, au Canada, à Hong Kong, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande, au Québec et aux États-Unis - pour former Oxfam International. Depuis lors, Oxfam a accueilli sept nouveaux affiliés : Allemagne, France, Inde, Italie, Japon, Mexique et Espagne, s'adaptant davantage à un environnement international en mutation et renforçant l'efficacité et la représentativité de ses actions et de son influence.

En 2012, Oxfam a adopté son " Agenda 2020 ", un programme qui prend en compte les principaux changements en cours dans les dynamiques mondiales. L'organisation accroît ainsi ses efforts pour donner voix au chapitre aux plus pauvres et aux plus faibles, faire du plaidoyer, former les leaders et influencer les politiques. Cet article examine les principales réformes de l'agenda 2020 et décrit leur impact sur le travail de plaidoyer et de fourniture de services d'Oxfam.

Devenir un véritable réseau mondial, une nécessité

Oxfam a toujours été fière de son orientation internationale, avec des membres affiliés et des bureaux de plaidoyer partout dans le monde. Cependant, sa composition ne reflétait pas précisément ses objectifs internationaux. Le secrétariat d'Oxfam International était basé à Oxford au Royaume-Uni, qui accueillait son siège depuis sa création. Seuls trois de ses dix-sept affiliés étaient des pays du Sud (Hong Kong, Mexique et Inde). Oxfam demeurait une organisation majoritairement du Nord (cf. repère 1).

Or, la société civile mondiale a changé, tout comme ses relations avec les publics et les décideurs politiques. Les ONG du Sud et leurs réseaux ont fait la preuve de leur professionnalisme et sont de plus en plus conscients de leurs capacités. Bien qu'il existe des différences substantielles en termes de pouvoir et d'espace pour les organisations de la société civile, dans de nombreux pays, les ONG nationales sont désormais reconnues par les décideurs politiques et font pleinement partie du débat public. Ceci est également vrai dans les enceintes internationales.

L'agenda 2020 d'Oxfam tient compte de ces évolutions. Les changements d'Oxfam vont permettre aux organisations d'optimiser leur influence aux niveaux national, régional et international et d'avoir une réelle visibilité. Oxfam deviendra un véritable réseau mondial représentant les préoccupations du Nord et du Sud et renforçant l'espace d'influence et de décision des voix du Sud.

Oxfam a décidé d'avoir une influence qui lui soit véritablement propre dans toutes les régions et les lieux de pouvoir décisionnel.

Augmenter le nombre d'affiliés basés dans les pays du Sud

Actuellement, Oxfam travaille dans 90 à 100 pays, avec des activités coordonnées principalement par ses bureaux nationaux. L'une des réformes majeures d'Oxfam est le passage de 3 à 8 affiliés du Sud d'ici 2020. Oxfam a déjà commencé à inviter des organisations : Oxfam Afrique du Sud l'a récemment rejointe en tant qu'observateur, et Oxfam Brésil projette de faire bientôt de même.

Oxfam augmente le nombre de ses membres du Sud afin de rester crédible, légitime et influent, pas seulement au niveau mondial mais aussi au plan régional. Agir à travers les affiliés locaux est une façon plus efficace d'influencer les gouvernements locaux. Dans de nombreux pays, les ONG internationales sont considérées comme des acteurs étrangers, ce qui peut générer des résistances à leurs activités. En ayant des membres affiliés mieux insérés localement, Oxfam pourra négocier de façon plus efficace et influencer les gouvernements sur un nombre de sujets variés en lien avec les objectifs d'Oxfam.

Oxfam veut aussi corriger le travers - dont souffrent nombre d'ONG internationales - qui fait que les organisations affiliées du Nord, de par leur nombre, ont davantage leur mot à dire dans la programmation stratégique de l'organisation, tandis que, souvent, les acteurs du Sud ne sont engagés que de façon informelle. Les propositions d'Oxfam commençant à prendre effet, la représentation des affiliés du Sud va s'accroître de façon considérable dans ses propres processus de prise de décision. Les affiliés du Sud apporteront des perspectives et des idées nouvelles. Par exemple, les affiliés indépendants de pays comme l'Indonésie, la Turquie ou la Colombie (quelques-uns des pays où Oxfam étudie actuellement de nouveaux membres) pourront apporter leurs propres analyses de leurs problèmes et les meilleures façons d'y faire face. Ils seront souvent dans une bien meilleure position pour s'engager de façon permanente avec les décideurs et les leaders d'opinion locaux.

Un réseau crédible doté d'une influence à tous les niveaux

D'ici 2020, Oxfam sera une organisation différente. Elle aura un nouvel équilibre des pouvoirs entre représentants du Nord et du Sud, avec des affiliés du Sud siégeant d'égal à égal avec ceux du Nord à la table des décisions. En conséquence, Oxfam sera capable de forger des liens plus forts entre ses activités de campagnes nationales et mondiales.

Les interactions entre les campagnes internationales et locales sont essentielles. Par exemple, le plaidoyer d'Oxfam pour un accès gratuit des habitants des pays pauvres à des services essentiels de qualité comme l'éducation et la santé est une campagne mondiale. Cependant, certains affiliés, y compris Oxfam Inde, ont développé leur propre agenda au sein de cet appel mondial. Oxfam Inde a pu discuter avec le gouvernement indien, parfois avec des organisations partenaires locales, en s'appuyant sur les données de l'unité de recherche sur les politiques d'Oxfam. C'est la meilleure façon de poursuivre les objectifs d'Oxfam. Les hommes politiques et le grand public indiens reconnaissent la légitimité d'Oxfam Inde d'une façon qu'il aurait été impossible d'imaginer pour une organisation du Royaume-Uni, des Pays-Bas ou d'ailleurs.

Un autre exemple est la récente campagne d'Oxfam sur les inégalités. Il s'agit également d'une campagne mondiale, et tous les affiliés d'Oxfam y sont engagés. Néanmoins, des affiliés peuvent faire des ajustements pour l'adapter à leurs contextes nationaux. Différents affiliés ont développé des campagnes nationales basées sur la recherche sur les inégalités menée par Oxfam au plan mondial. Pour la première fois peut-être, des affiliés du Nord se sont servis de la campagne pour débattre sur l'impact des inégalités dans leurs propres populations nationales, comme l'avaient fait les affiliés indiens ou mexicains. Chaque pays a pu calibrer son travail en accord avec sa situation nationale. Par exemple, l'Espagne ou le Pays-Bas, deux des affiliés du Nord s'étant engagés dans des campagnes nationales sur ce thème, l'ont chacun construit en fonction de l'impact de la crise financière sur leur pays respectif.

En bref, ce qui est important pour Oxfam, c'est d'avoir plus d'impact, d'être efficace et d'être un acteur crédible dans chaque contexte particulier. Tant que le message central est maintenu - ici, que les inégalités doivent cesser et que les gouvernements nationaux ont un rôle clé à jouer -, chaque membre peut adapter la campagne à son contexte local.

Plus que de la mise en œuvre de programmes

Oxfam a clairement décidé de combiner travail de plaidoyer et de campagne et mise en œuvre de programmes. Les campagnes sont ainsi une composante essentielle de tous ses programmes. Par exemple, dans un projet visant à installer une nouvelle école, Oxfam ne se préoccupera pas seulement de faire construire le bâtiment, mais elle s'engagera également avec les autorités pour que l'éducation soit une priorité budgétaire au même titre que leurs politiques de développement, et avec les communautés pour qu'elles comprennent la nécessité d'envoyer leurs enfants à l'école. Il s'agit d'une approche holistique, qui combine une action tant sur les causes que sur les effets de la pauvreté.

Oxfam est parfaitement consciente de ce qui peut être obtenu en exerçant son influence sur les gouvernements nationaux et elle souhaite renforcer cet aspect dans tous ses programmes. Cependant, une même approche ne peut valoir pour tous les pays. Les composantes programme et campagne de chaque projet vont ainsi varier d'un pays à l'autre. Par exemple, au Brésil, il est tout à fait possible de s'engager avec les autorités nationales et régionales. Le pays dispose de médias, radio, télévision, Internet, etc., qui fonctionnent parfaitement, facilitant la mise en œuvre de plaidoyers et de campagnes, et la redevabilité. Un pays comme la Somalie, à l'inverse, n'a pas de gouvernement central légitime ; le travail de plaidoyer, dans ces conditions, est une tout autre affaire. Dans ces cas, le travail d'influence d'Oxfam doit être élaboré différemment.

La valeur du changement symbolique

Oxfam 2020 va déplacer le siège du secrétariat de la confédération depuis son emplacement historique à Oxford vers Nairobi d'ici 2016. Ce choix, stratégique, a été fait après mûre réflexion. En déménageant à Nairobi, Oxfam ne fait pas que se reloger au cœur de l'Afrique : l'organisation envoie aussi un message fort au monde sur le sérieux de son propos lorsqu'elle milite pour la nécessité de donner davantage voix au chapitre aux pays du Sud. Il ne faut pas sous-estimer la valeur de ce symbole.

Ces réformes ont également une dimension culturelle : avec l'élargissement de ses réseaux d'affiliés au Sud et le déménagement de son siège, la confédération Oxfam et son secrétariat vont compter davantage d'Africains, d'Asiatiques, de Latino-Américains et d'organisations de ces continents, renforçant les perspectives du Sud sur des sujets nationaux, régionaux ou globaux.

Oxfam 2020 a pour objectif de s'adapter aux dynamiques mondiales en évolution. Oxfam cherche à se transformer en une organisation véritablement mondiale, qui partage son pouvoir de façon plus démocratique et soit plus redevable vis-à-vis des populations qu'elle représente, et plus proche d'elles. En prenant ces mesures, Oxfam a toutes les chances de demeurer une organisation influente et pertinente dans le futur, et, ainsi, de continuer à mener son travail essentiel de lutte contre la pauvreté et les injustices.

Un réseau en continuelle adaptation

Créée en 1942 au Royaume-Uni, Oxfam est devenue un réseau mondial promouvant l'égalité de ses membres et son implantation dans les lieux de décision nationaux, régionaux et internationaux, afin de mener à bien son travail de lobbying.
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