La lutte contre la pauvreté commence avec les ressources naturelles

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Les plus pauvres sont aussi les plus dépendants de l'environnement, et lutter contre sa détérioration contribue à endiguer la pauvreté. Les politiques de protection environnementale utilisent pour cela la réglementation, l'incitation et la mobilisation des communautés.

L'agenda mondial défini par les huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) adoptés par la communauté internationale a élevé au rang de priorité l'éradication de l'extrême pauvreté et de la faim. Dans les pays en développement, pauvreté et disponibilité des ressources naturelles sont en fait étroitement liées. Des études ont montré que l'amélioration des services écosystémiques contribue à réduire la pauvreté et la vulnérabilité, ainsi qu'à renforcer les moyens de subsistance.

La détérioration des écosystèmes affecte, de manière directe ou indirecte, le bien-être des plus défavorisés. La dégradation de l'environnement réduit le volume et la productivité du capital naturel et diminue la capacité des pauvres à générer des revenus. Elle augmente le risque de catastrophes naturelles et d'événements extrêmes, face auxquels les pauvres sont les plus vulnérables, en raison de leur faible capacité d'adaptation et de leur résilience limitée. La perte de fonctions écosystémiques, non seulement réduit l'accès direct à la nourriture et aux combustibles, mais provoque également une pénurie de ces biens sur les marchés locaux et donc une augmentation de leur prix. Le manque de ressources contraint les pauvres à vivre dans des zones de moindre qualité environnementale, ce qui augmente leur vulnérabilité aux maladies. La pauvreté les empêche en effet d'accéder à des soins de santé adéquats et de guérir rapidement des maladies qui les frappent, ce qui entraîne une diminution de leur capacité à travailler et à gagner leur vie. Ces " pièges à pauvreté " ont souvent pour effet une plus grande dépendance des plus pauvres par rapport aux écosystèmes, accroissant ainsi la pression sur l'environnement et sa dégradation.

Une étude récemment réalisée sur les liens entre environnement et pauvreté en Asie du Sud Voir sur la situation pour l'Inde et la région himalayenne de l'Hindou Kouch, Ecosystem Services and Poverty Alleviation Study in South Asia, New Delhi, The Energy and Resources Institute (TERI), 2008. présente de nombreux exemples de formes de pauvreté dues à la dégradation de l'environnement. Ainsi, le déclin des pêcheries côtières au Pakistan a contribué à l'endettement important des pêcheurs pauvres ; l'érosion du sol due à la dégradation de la forêt des collines au Népal a fait basculer des fermiers en dessous du seuil de pauvreté ; la salinité des sols au Bangladesh a réduit la diversité nutritionnelle des ménages pauvres et forcé les femmes à parcourir de longues distances pour aller chercher de l'eau potable ; et la dégradation des sols dans les zones arides de l'Asie du Sud a entraîné l'augmentation de la migration des villageois vers les zones urbaines déjà surpeuplées.

En réponse à ces phénomènes, les politiques de gestion des écosystèmes, en particulier dans les pays en développement, ont traditionnellement mis l'accent sur les réglementations et sur l'investissement public direct, plutôt que sur des instruments économiques basés sur l'incitation, tels que les impôts, les subventions et les permis négociables. Les lois de zonage pour les pêcheries côtières sont un exemple d'intervention directe des pouvoirs publics dans la gestion environnementale, à travers la réglementation. Ces politiques centralisées ont souvent échoué en raison de leurs coûts de transaction très élevés et de problèmes de coordination. Elles ont conduit à une érosion progressive des connaissances et des pratiques de gestion traditionnelles, en particulier dans les écosystèmes fragiles. Pour y remédier, les mécanismes de partage des bénéfices proposés dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB) confèrent des droits de propriété intellectuelle au savoir indigène. Ils se sont avérés de puissants instruments de réduction de la pauvreté à travers l'implication des entreprises.

Une alternative à la réglementation par les pouvoirs publics réside dans le paiement pour services environnementaux, qui constitue en principe un moyen efficace de préserver l'environnement tout en indemnisant la communauté locale utilisatrice. De tels mécanismes ont été expérimentés pour la séquestration du carbone, la protection des bassins fluviaux et de la biodiversité. Une autre possibilité consiste à exploiter les marchés déjà établis de biens ou services environnementaux tels que l'alimentation issue de l'agriculture biologique, l'écotourisme ou les produits certifiés " durables ". Dans de nombreux cas, la mise en œuvre d'un système de paiement des services environnementaux est cependant restreinte par la faiblesse ou l'absence de marchés de services écosystémiques, dues à la non-existence de droits de propriété - c'est-à-dire au fait que les activités de conservation des écosystèmes ne sont pas récompensées financièrement et que leur dégradation n'est pas sanctionnée -, au manque d'information - sur la valeur monétaire des services écosystémiques... -, à une architecture institutionnelle inadéquate - entre autres l'absence de mécanisme de facturation des utilisateurs pour les services écosystémiques - et une mise en œuvre déficiente des lois - par exemple l'abattage illégal, qui conduit à la déforestation. Il existe aussi des cas de conflits entre des politiques : des fermiers peuvent ainsi recevoir une indemnité pour ne pas utiliser d'engrais, alors que parallèlement l'achat de ces produits est subventionné.

Par ailleurs, l'action collective est aujourd'hui considérée comme une alternative institutionnelle à la réglementation officielle. De nombreuses activités de gestion des ressources naturelles initiées par les communautés ont été couronnées de succès. Au Népal, la foresterie communautaire a contribué de manière significative aux revenus des ménages ruraux tout en atteignant ses objectifs de conservation. Le soutien apporté par le droit national à ces institutions communautaires est une condition préalable essentielle qui leur permet d'interagir avec les intervenants extérieurs, leur apporte une protection juridique, fixe des limites au pouvoir de l'État, empêche l'abus de pouvoir au niveau local et aligne les décisions prises localement avec les intérêts nationaux. Dans certaines situations, l'attribution de droits légaux aux communautés tributaires de la forêt a réduit leurs conflits avec les pouvoirs publics et les a incitées à s'impliquer dans la protection de l'environnement.

L'élaboration et la mise en œuvre des politiques doivent s'inscrire dans un processus consultatif inclusif pour être efficace. Il existe de nombreux exemples où une gestion environnementale " du haut vers le bas " a entraîné l'échec des politiques et, parfois, engendré des situations conflictuelles. Néanmoins, une approche " du bas vers le haut " demandera une validation scientifique appropriée avant qu'elle ne soit approuvée par les pouvoirs publics.