Formation du prix du riz à court et long terme : le rôle de la structure du marché dans la volatilité

Date: 2012
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Formation du prix du riz à court et long terme : le rôle de la structure du marché dans la volatilité
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Le riz, un marché peu mondialisé

Le riz constitue l'aliment de base de près de la moitié de la population mondiale. La majorité des 440 millions de tonnes métriques (mtm) d'équivalent riz blanchi produites dans le monde (dont 90 % en Asie) est consommée à proximité du lieu de production. Toutefois, le marché international du riz est important et envoie dans le monde de forts signaux de prix, dont la volatilité est une source de préoccupation majeure.

Ce focus examine les causes particulières de la volatilité du prix du riz, abordant les tendances de formation des prix et l'influence de la spéculation sur la flambée des prix du riz.

Les causes de la volatilité du prix du riz

Le coefficient de variation des prix du riz est souvent le double de celui du blé ou du maïs. Il est difficile de comprendre cette volatilité en raison de la nature même du marché : les prix du riz par pays sont stabilisés par l'écoulement des excédents ou l'augmentation des importations pour combler les déficits. Ainsi, les décisions politiques des principaux pays asiatiques influencent directement l'offre et la demande mondiales [Timmer et Falcon, 1975].

La volatilité du prix du riz est également due à la structure de la production de riz et aux tendances de commercialisation et de consommation en Asie. Des millions d'agriculteurs, négociants, transformateurs et détaillants, ainsi que des milliards de consommateurs, manipulent une denrée qui peut être stockée pendant plus d'un an sous une forme consommable  L'oxydation des traces de son sur le riz blanchi peut réduire considérablement la durée de vie du riz stocké dans les tropiques. . Les anticipations de prix de ces acteurs du marché conditionnent les quantités produites, vendues, stockées et consommées.

La formation des prix alimentaires

Comprendre les causes de la formation des prix alimentaires implique un modèle analytique empirique réfutable, basé sur les mécanismes de l'offre et de la demande, avec des prix d'équilibre dérivés des forces concurrentielles de base. Ces analyses statistiques ont été effectuées et la plupart des conclusions présentées ci-dessous sont basées sur leurs résultats  Cette étude (en anglais) peut être consultée à l'adresse suivante : http://ideas.repec.org/p/cgd/wpaper/172.html .

L'évolution progressive de l'offre et de la demande peut provoquer une augmentation des prix, mais elle ne suffit pas à expliquer l'explosion des prix alimentaires de 2007 et 2008. Le modèle d'" offre de stockage " constitue une base d'interprétation de l'évolution des prix à court terme des marchandises stockables [Houthakker, 1987]. Il souligne le comportement interdépendant des spéculateurs et contrepartistes qui estiment les niveaux de stocks en fonction des quantités utilisées. Sur le court terme, ce modèle est utilisé pour comprendre la formation des anticipations de prix, qui semblent déterminées par les comportements de prix des matières premières dans leur ensemble et des spécificités de chacune d'entre elles. Les grandes tendances des prix sont mesurées par différents indices, notamment l'indice des prix des matières premières du FMI. Ainsi, les négociants opérant sur le marché d'une matière première donnée suivront les mouvements de prix de l'ensemble des produits [Sanders et Irwin, 2008], qui semblent dirigés par des forces macroéconomiques fondamentales comme les taux de croissance économique, la valeur des devises internationales et les taux d'inflation relatifs [Timmer, 2008].

Les négociants suivent également de près leur matière première spécifique. En effet, les stocks déterminent la formation des prix, une fois que la situation de la récolte d'une culture est connue. Généralement, les prix à court terme des produits dont les données d'inventaire sont raisonnablement fiables varient en fonction de comportements d'approvisionnement inattendus. Les comportements de prix extrêmes des matières premières dont les données d'inventaire sont peu nombreuses, en particulier quand des stocks importants sont entre les mains de millions de petits agents (agriculteurs, négociants, consommateurs, etc.), sont causés par l'évolution rapide des anticipations de prix, qui ont pour effet la thésaurisation ou déthésaurisation du produit. La dynamique des prix à court terme pour le riz apparaît ainsi très différente de celle du blé ou du maïs.

Le rôle de la structure du marché dans les prix du riz

L'équilibre entre production et consommation de riz est relativement favorable depuis 2005. Les substitutions à court terme entre le riz et d'autres aliments sont limitées, et jusqu'à fin 2007, le marché du riz semblait en mesure d'éviter la flambée des prix subie par le blé, le maïs et les huiles végétales. Le marché à terme limité pour le riz a également rendu la spéculation financière moins attrayante.

Cependant, avec seulement 7 à 8 % de l'ensemble des échanges internationaux, le marché mondial du riz est très étriqué, ce qui le rend vulnérable aux fortes fluctuations de prix. De plus, le marché est concentré, la Thaïlande, le Vietnam, l'Inde, les États-Unis et le Pakistan fournissant près de 80 % de l'offre disponible.

Cette structure particulière du marché explique-t-elle également la différence de tendances de prix à long terme par rapport aux deux autres céréales de base ? Seulement dans une faible mesure. Les fortes variations de l'économie politique des prix mondiaux du riz conduisent les pays à se replier dans l'autarcie, et la conséquence de cette recherche d'autosuffisance des importateurs de riz est une production globale plus importante que prévue, ce qui contribue à une baisse à long terme des prix mondiaux. Mais d'autres facteurs (l'évolution technologique rapide, l'évolution des goûts...) peuvent expliquer que la tension entre l'offre et la demande de riz est moins forte que pour le blé et le maïs.

Le pic des prix des matières premières en 2007-2008

Le potentiel de volatilité extrême s'explique par les aspects politiques et la structure du marché de la filière rizicole. Comprendre comment ces facteurs contribuent à la formation des anticipations de prix est essentiel pour saisir les causes immédiates de l'instabilité des prix du riz. Ces anticipations peuvent conduire à des " comportements spéculatifs déstabilisants " de la part de millions, voire milliards, d'acteurs du marché, et la formation des prix a ainsi une composante spéculative importante et déstabilisante.

En 2007, la limitation de l'offre alimentaire mondiale et la hausse des prix du blé, du maïs et des huiles végétales ont suscité des inquiétudes croissantes. Plusieurs pays asiatiques ont augmenté leurs stocks de riz pour se protéger contre de futures pénuries  Voir Slayton [2009] pour une analyse détaillée et chronologique. et une spirale des prix cumulés s'est engagée.

En Inde, deuxième exportateur mondial de riz, la récolte de blé de 2007 a subi sécheresse et maladies, ce qui a conduit le pays à moins exporter son riz plutôt qu'à importer du blé. Une interdiction pure et simple des exportations de riz non basmati a suivi en avril 2008.

Les autres pays exportateurs ont suivi car les prix du riz ont bondi. Le ministre du Commerce du gouvernement de la Thaïlande - premier exportateur mondial de riz - a envisagé des restrictions d'exportations. En mars 2008, les prix du riz en Thaïlande ont bondi de 75 dollars par millions de tonnes, continuant à monter en flèche jusqu'au mois d'avril, pour atteindre 1 100 dollars par millions de tonnes.

Les consommateurs pauvres de nombreux pays importateurs de riz, comme le Vietnam et les Philippines, ont été gravement touchés par cette volatilité des prix, d'autres pays comme l'Inde, la Chine et l'Indonésie, étant en mesure de protéger leurs populations par des restrictions d'exportation. Les dirigeants de ces pays ont fait valoir que la stabilité intérieure était plus importante que la stabilité internationale  La victoire écrasante du Parti du Congrès en Inde en mai 2009 le confirme. , illustrant le fait que la stabilité du prix du riz est essentielle pour la stabilité politique et la croissance économique en Asie [Timmer et Dawe, 2007].

C'est un cercle vicieux : l'instabilité du marché mondial incite les pays à cesser d'importer et d'exporter du riz, ce qui a pour effet d'accroître encore l'instabilité et de provoquer des réactions politiques spontanées. Briser ce cycle nécessite des accords contraignants à long terme entre importateurs et exportateurs afin de reconstruire la confiance du marché. Toutefois, les pressions nationales ou internationales pour aboutir à de tels accords sont pratiquement inexistantes Une voie à suivre pourrait être la création d'une zone de libre-échange pour le riz à l'initiative de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est. Si une telle zone pouvait inclure la Chine du Sud, le Bangladesh et l'Inde, la majorité des producteurs et consommateurs de riz du monde bénéficierait de prix plus stables, stabilisant ainsi l'ensemble du marché mondial du riz. L'Indonésie, qui a retrouvé son autosuffisance en riz, pourrait peut-être accueillir les discussions sur une telle initiative. .

Le comportement de thésaurisation a été une composante essentielle de la hausse des prix du riz de 2007, tandis que la spéculation financière semble n'avoir joué qu'un petit rôle (en partie parce que les marchés à terme pour le riz sont limités). Ce sont les décisions prises par des millions de ménages, agriculteurs, négociants et de certains gouvernements qui ont déclenché une hausse soudaine de la demande et ont transformé une augmentation de prix progressive en explosion.

Conclusion

La structure du marché joue un rôle important dans la formation à court terme du prix du riz, en raison de l'organisation très inhabituelle de l'économie mondiale du riz, composée de nombreux petits producteurs, négociants, détaillants et consommateurs manipulant un produit stockable à chaque étape.

Cette capacité de stockage très décentralisée est soumise aux variations des anticipations de prix à tous les niveaux de la chaîne d'approvisionnement. Comme on ne dispose pas de données sur les stocks, leur impact sur la formation des prix du riz est imprévisible.

Les spéculateurs financiers sont très probablement responsables d'une partie de l'augmentation du prix du blé et du maïs. Mais la spéculation n'a pas provoqué la hausse des prix du riz, en raison de l'organisation différente des marchés du riz, ainsi que des interventions gouvernementales.

Le dénouement de positions spéculatives entraîne des chutes de prix rapides, jusqu'à épuisement des stocks excédentaires perçus. À l'exception de l'Inde, il semble que ce processus de déstockage à court terme ait pris fin en 2008, bien avant la nouvelle augmentation des prix mondiaux. La crise financière internationale empêchera probablement d'autres augmentations rapides des prix du riz, mais l'équilibre entre l'offre et la demande pour les prochaines années suggère que les prix à l'exportation seront plus proches des 500 dollars la tonne que des 300 dollars la tonne de la période précédant la crise.

Le riz, un marché peu mondialisé

Contrairement aux autres céréales majeures, tels le blé ou le maïs, la production de riz est essentiellement consommée dans les pays producteurs. Le commerce ne représente ainsi que 7 % de la production mondiale.
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