Est-ce plus durable de partager ?

Date: 2014
Est-ce plus durable de partager ?
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Sommaire de l'article
Des pratiques coopératives et cumulatives
L'état des pratiques coopératives en France
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L'économie du partage et les modes de vie collaboratifs se diffusent partout dans le monde depuis la fin des années 2000. Ces pratiques de troc, de don, d'échanges et de revente ne sont pas nouvelles, mais elles reviennent en force sous l'effet conjugué de plusieurs crises (économique et financière, mais aussi écologique et sociale) et de la démocratisation des pratiques numériques.

En favorisant l'usage de biens sur leur propriété et en déplaçant les modes de consommation d'un réflexe d'achat neuf en magasin à des solutions d'emprunt, de location ou d'achat d'occasion entre particuliers, ces nouveaux réflexes sont de nature à construire une économie plus durable. Aussi est-il possible de différencier des types d'initiatives, à commencer par ceux qui favorisent l'usage partagé et transforment les biens en services. Dans cette approche servicielle, les " fournisseurs d'accès " sont tantôt des organisations (privées ou publiques), tantôt des particuliers propriétaires qui optimisent et rentabilisent leurs possessions.

Viennent ensuite les dynamiques participatives d'achats groupés ou de financement collaboratif qui rendent possible la réalisation d'un projet. Des Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne (AMAP) à la finance participative, en passant par les dynamiques de production inspirées des logiciels libres ou de l'économie coopérative, les initiatives regroupées ici reposent sur le partage d'un objectif commun entre les différents contributeurs.

La redistribution caractérise la troisième catégorie de projets, dans laquelle il est possible d'intégrer les logiques de troc (dans une approche non marchande) ou de revente (dans une approche marchande). On échange une propriété, un savoir contre un autre, ou contre un équivalent temporel ou monétaire qui en reflète la valeur.

Arrivent enfin les initiatives de cohabitation où prime le plaisir d'agir ensemble. On partage ainsi un lieu, un moment, une activité ou une expérience. La notion de propriété n'entre pas en compte, les contributeurs s'attachent à favoriser un bien commun.

Les modèles qui sous-tendent ces différents modes de contribution et d'échange se modulent également pour les usagers selon leur esprit tantôt solidaire, tantôt lié à un partage de frais ou tantôt lié au besoin de gagner du pouvoir d'achat et de faire des profits Voir en ce sens le travail d'Émilie Morcillo, qui distingue les logiques de partage solidaire des contributions à but non lucratif et des collaborations profitables (www.partageandco.com). .

La désintermédiation engendrée par le web favorise aussi le développement des circuits courts (via les Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne - AMAP - ou des services comme La Ruche qui dit Oui) et précède la démocratisation de l'impression 3D (qui permettra à quiconque, dans quelques années, de s'imprimer ses objets, et donc de produire ou réparer par lui-même un objet) - deux évolutions qui permettent également d'envisager des modes de distribution et de production plus économes en matière et en gaz à effet de serre.

Néanmoins, plusieurs questions se posent sur les impacts environnementaux de cette nouvelle économie. S'ils sont intuitivement considérés comme étant plus respectueux de l'environnement, peu de travaux ont encore été effectués sur le sujet. Voilà donc quelques pistes de réflexion ouvertes qui mériteraient d'être explorées dans les années à venir.

Les huit caractéristiques de l'économie collaborative

Commençons par rappeler les principales caractéristiques de cette économie du partage.

L'optimisation des allocations : là où le partage ne concernait qu'un cercle restreint de personnes dans l'ère prénumérique, les outils dont nous disposons aujourd'hui avec Internet participent d'une meilleure répartition des possibilités. Les technologies peer to peer et les outils de géolocalisation révèlent une multitude d'opportunités de proximité qui n'étaient pas valorisables de la sorte auparavant. Ainsi, des logiques très anciennes sont réinventées et massifiées par le web.

La mutualisation des propriétés (objets ou moyens) : en favorisant l'usage sur la propriété, l'économie du partage met en commun les possessions de ses adeptes pour en favoriser l'utilisation à plusieurs. Que ce soit pour des objets de la vie quotidienne, une maison, une voiture, un achat, un projet ou même des compétences, la logique consiste à élargir le cercle de bénéficiaires d'une possession, et de diminuer ainsi le nombre de nouveaux biens consommés.

La prolongation des usages : les objets partagés et/ou mutualisés connaissent une durée d'utilisation accrue comparativement aux usages prévus initialement lors de l'acquisition par un particulier donné. L'essor de ces pratiques, stimulé par une meilleure organisation entre pairs, a pour conséquence un entretien plus précautionneux des objets. L'entraide et l'échange de compétences, poussés également par le souci de préserver durablement les objets, tendent à limiter les effets de l'obsolescence programmée. Dans certains cas, les consommateurs s'organisent également pour réparer les objets cassés lorsqu'ils sont réparables. Dans d'autres, les biens partagés sont de fait plus durables, car achetés au départ dans une telle perspective.

À terme, l'ampleur que prendront ces pratiques va inciter les industriels à modifier leurs modes de production dans une logique plus servicielle. Il ne s'agira plus de vendre un produit, mais d'accompagner une expérience et un usage de ce produit. Les principes de barter et des modèles comme celui d'une entreprise comme Eqosphere (une plateforme logistique est amenée à se développer) seront appelés à s'étendre, en partie de par la limitation du gaspillage et les économies qu'ils engendrent.

La réduction des émissions de CO2 et des matières : l'effet couplé de l'optimisation (qui relocalise et limite les distances parcourues), de la mutualisation et de la prolongation des usages engendre, toutes choses égales par ailleurs, une baisse des consommations de ressources et de CO2. Mais si les consommateurs estiment faire là une ou plusieurs bonnes actions, rien ne prévient alors leur capacité à s'octroyer un " crédit moral " qui engendra dès lors un effet rebond. Le fait de voyager moins cher n'incite-t-il pas à voyager plus en effet Voir Clot S., Grolleau G. et Ibanez L., 2013, "Self-Licensing and Financial Rewards: Is Morality for Sale?", Economics Bulletin, vol. 33, 3: 2298-2306. Des mêmes auteurs, avec Ndodjang P., à paraître, " L'effet de compensation morale ou comment les "bonnes actions" peuvent aboutir à une situation indésirable ", Revue économique, vol. 65, n° 2.  ? Le fait de partager une voiture n'incite-t-il pas à utiliser ce véhicule plus souvent qu'auparavant ? Le fait d'économiser en achetant des vêtements d'occasion n'implique-t-il pas un report sur l'achat d'équipements numériques ?

La socialisation des expériences : les adeptes de ces modes de vie apprécient de mutualiser leurs usages pour des raisons prioritairement économiques, mais aussi pour la dynamique sociale qu'ils en retirent. En période de crise, ces services offrent de surcroît un sentiment d'appartenance à une communauté. Cette appartenance rassure d'autant plus qu'elle repose sur la possibilité d'évaluer ouvertement la transaction et les échanges que l'on effectue.

La co-création de projets : l'usage du web a progressivement transformé les stratégies de communication en stratégies de conversation. Au sein des organisations sont apparues des fonctions de " community manager " qui se doublent maintenant de " community co-creation manager " : il ne s'agit plus seulement de converser, mais d'inviter la communauté à participer à la production d'une campagne marketing, à la personnalisation d'un objet, et donc, à terme, à l'élaboration de produits plus adaptés aux attentes et usages.

La coopération et la collaboration ouvertes et innovantes : ces nouveaux modes de production vont transformer le fonctionnement des relations internes et externes des organisations. D'une logique verticale et prescriptrice, elles vont s'horizontaliser et donner naissance à l'apparition de nouveaux métiers (facilitateurs, designer de services, etc.) en charge d'être à l'écoute des différents interlocuteurs et de définir un canevas d'actions issu de leurs diverses contributions. Une évolution qui, de fait, contribuera à améliorer l'appropriation et la mise en œuvre des politiques RSE.

La modification des modèles économiques : l'ensemble de ces caractéristiques participe d'une modification en profondeur du fonctionnement de l'économie et des sociétés. Des types d'achats aux réflexes d'achats en passant par la création de nouvelles chaînes de valeur, les modèles doivent donc être revus en tout ou en partie pour s'adapter à ces nouvelles pratiques. Là où certaines plateformes misent sur le développement d'une technologie, d'autres vont travailler sur l'ergonomie de leurs sites ou sur " le service en plus " proposé par leur activité. Autant de critères qui se croisent ensuite avec le choix de proposer des services gratuits ou à tarification progressive sur l'usage.

Mais quels sont les principaux leviers de l'économie collaborative ? L'écologie est-elle une motivation de ses usagers ?

Des usages collaboratifs poussés par la recherche de pouvoir d'achat

Les partisans de la consommation collaborative sont essentiellement attirés à ces pratiques par les gains financiers de ces nouveaux modes d'échange. Dans une étude publiée en avril 2012 à partir de l'échantillon de l'observatoire des modes de vie et consommation d'IPSOS " Les 4 500 ", l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) s'est intéressée pour la première fois aux motivations de ces Français qui fréquentent les AMAP, covoiturent, louent leurs biens, ont recours au troc, à l'achat groupé ou à la revente - six pratiques relevant de la " consommation collaborative ".

Première observation : ces consommateurs restent majoritairement dans une démarche consumériste. Lors d'une enquête menée par l'Observatoire société et consommation (Obosco) publiée en novembre 2012, il apparaît que les adeptes de ces nouveaux modes de comportements, toutes catégories confondues, sont loin de remettre en cause la société de l'hyperconsommation. " Le degré d'engagement dans les pratiques de consommation émergentes apparaît comme nettement corrélé à l'intensité de la contrainte budgétaire ressentie par les personnes interrogées ", explique l'Obsoco. Sur fond de crise, on cherche à redonner du sens et à retisser du lien social au cœur même des processus de consommation.

Seconde observation : parmi les adeptes de ces modes de vie collaboratifs, ceux véritablement portés par un engagement environnementaliste, sociétal ou par des leviers collectifs sont minoritaires. Il n'y a guère qu'au sein des AMAP que cette motivation relève du premier levier d'action des consommateurs. Mais les Français ayant déjà participé à une AMAP restent fort minoritaires (6 % de la population) comparativement à ceux qui pratiquent l'achat groupé (52 %) dont les motivations sont fort individualistes.

Notons néanmoins que ces adeptes partagent quatre caractéristiques communes (toujours d'après l'enquête ADEME-IPSOS) : ils sont curieux, avec la volonté de rencontrer régulièrement de nouvelles personnes ; ils se soucient de l'état de la société, mais c'est une préoccupation qui ne se traduit pas nécessairement en actions concrètes ; ils ont un côté " aventurier ", avec une propension à la découverte et à l'expérience (voir à la " prise de risque " mentionne l'étude) ; ils cherchent à faire durer les objets et expriment ainsi le désir de sortir de l'obsolescence programmée des biens de consommation.

La consommation collaborative a donc pour avantage d'attirer pour des raisons avant tout économiques et financières, puis de créer du lien social et de la convivialité tout en générant, sur la durée, des comportements plus écologiques. Une analyse effectuée par le magazine américain Shareable et l'agence Latitude en 2011 indique d'ailleurs que 75 % des Britanniques pensent que le partage est bon pour l'environnement, et que 8 Anglais sur 10 sont heureux lorsqu'ils partagent Mc Cartney K., février 2011, 8 out of 10 People Say Sharing Makes them Happy. . De même, 60 % des consommateurs collaboratifs américains font un lien direct entre partage et développement durable. Mais quels sont les bénéfices environnementaux de ces nouveaux comportements ? Et comment les évaluer ?

Des impacts à étudier

Relativement peu d'études, et encore moins d'études indépendantes, se sont penchées sur l'évaluation des impacts environnementaux de la consommation collaborative. Pour effectuer une telle estimation, plusieurs aspects doivent être considérés, nécessitant selon les cas une approche sectorielle.

Les travaux existants

Partons des estimations dont nous disposons actuellement. Dans le secteur des transports, le plus étudié, l'un des deux leaders du covoiturage européen (BlaBlaCar), estime sur son site avoir économisé l'émission de 500 000 tonnes de CO2 sur 10 millions de trajets effectués depuis la création de l'entreprise.

En ce qui concerne l'autopartage entre particuliers (qui repose sur une flotte de véhicules existants), une étude effectuée par l'Université de Berkeley "Innovative Mobility Carsharing Outlook: Carsharing Market Overview, Analysis, and Trends - summer 2013". Disponible sur : http://bit.ly/17yURjH auprès de 9 500 personnes qui partagent leurs voitures au Canada ou aux États-Unis met en évidence deux logiques : une augmentation des émissions de CO2 pour les ménages qui accèdent à un véhicule pour la première fois via ce service, mais une hausse compensée par la réduction des émissions des ménages qui limitent, a contrario, l'usage de leur propre voiture - qui à terme délaissent la possession de leur véhicule, réalisant que cela leur coûte moins cher de l'emprunter à la demande que de l'entretenir à l'année. Une étude réalisée en 2008 auprès de 6 281 membres de compagnies américaines d'autopartage a montré que les distances parcourues diminuent de 27 %, ce qui aurait engendré au 1er janvier 2013 une réduction agrégée de 1,1 milliard de miles. Au total, 25 % des répondants ont vendu leur véhicule, et environ 25 % envisageraient d'acheter une voiture si l'autopartage était amené à disparaître.

Une autre étude, réalisée par Eliot Martin et Susan Shaheen sur un panel de 6 200 adeptes de l'autopartage classique (proposé par un prestataire comme Autolib' ou une organisation du réseau France Autopartage par exemple), estime que neuf à treize véhicules restent au repos pour une voiture utilisée dans la flotte proposée par l'autopartage. Sur cet ensemble, quatre à six voitures ont directement été abandonnées par les ménages ayant rejoint le service. Le reste a été évité grâce à l'abonnement au service Buczynski B., 17 janvier 2012, "Carsharing, Antidote to Ghg Emissions in North America". Disponible sur : http://bit.ly/1bcgjMJ .

En France, le cabinet 6T constate aussi dans un travail effectué pour l'ADEME en mars 2013 que " le nombre de ménages qui ne possède pas de voiture augmente de 40 % avec l'adhésion à un service d'autopartage. Au regard de la diminution du nombre de voitures possédées par les ménages, chaque voiture d'autopartage remplace neuf voitures personnelles et libère huit places de stationnement Voir http://6t.fr/download/ENA_6pages_presse_bios_130320.pdf ". Il remarque également que le nombre de kilomètres parcourus en tant que conducteur diminue de 41 % et que les autopartageurs font des économies tout en utilisant de fait des modes de déplacement qu'ils n'auraient pas utilisé autrement : ils utilisent d'avantage la marche à pied (pour 30 % d'entre eux), le vélo (29 %), les transports collectifs (25 %), le train (24 %) et le covoiturage (12 %) Notons également qu'un acteur comme la SNCF intègre progressivement ces nouveaux services de covoiturage et d'autopartage dans son offre de mobilité. Avec l'acquisition durant l'été 2013 de Greencove et Ecolutis, le groupe souhaite développer ainsi une " mobilité capillaire ". Une façon de pallier l'insuffisance des offres de mobilité pour les zones les moins bien desservies et d'intégrer progressivement une conception très élargie de la mobilité.

Dans les milieux urbains, le développement de services va engendrer (et engendre déjà) une révision de l'aménagement des espaces plus adapté aux transports en commun et partagés. L'enjeu est aujourd'hui de développer une offre d'abonnement et un aménagement qui accompagnent et fluidifient l'usage de ces modes de déplacement.

Prenons maintenant l'exemple des habitats groupés ou des autres formes d'espaces partagés (pour le tourisme ou le travail) : les évaluations sont peu nombreuses mais portent à croire que l'optimisation des espaces qui existent permet de limiter les constructions neuves et l'étalement urbain. Il en va ainsi des services de colocation ou d'habitat groupé (la France étant très en retard au regard de ce que fait l'Allemagne - plus de 6 millions de logements sont assimilables à des habitats groupés, ou le Québec - 22 000 coopératives d'habitation accueillent 250 000 personnes, dans 91 000 logements, ce qui représente 30 % du parc locatif public québécois Bosse-Platière A., 2010, " Bientôt des coopératives d'habitants ? ", Les 4 saisons du jardin bio, n° 184, p. 63. ). Mais aussi des services de stockage entre particuliers qui permettent d'utiliser des mètres carrés construits existant et d'éviter ainsi d'implanter des entrepôts dédiés à cet usage. " Si 5 000 personnes proposent un lieu de taille moyenne en costockage, ce que nous espérons être le cas d'ici deux ans, environ 25 entrepôts de self-stockage ne seront pas construits. Ou leur emplacement servira à construire des habitations ", explique Adam Levy-Zauberman, fondateur de CoStockage.

Il s'agit aussi d'un service de proximité qui permet, en stockant chez son voisin plutôt que dans un entrepôt situé en périphérie, d'avoir moins recours à son véhicule. À la fois lors du déménagement, mais également lors des visites. Les estimations de CoStockage mettent en avant une réduction des trajets nécessaires par un facteur 8 et le CO2 émis correspondant, évitant ainsi plus de 500 000 km parcourus. Les habitats partagés où plusieurs foyers ont des espaces communs permettent également de mutualiser l'usage de véhicules ou de certains appareils ménagers, ce qui limite la consommation de ressources naturelles, les émissions de CO2 et la quantité de déchets générés.

Enfin, sur l'alimentation et les systèmes de circuits courts, les travaux publiés par l'ADEME en mai 2012 Voir http://ademe.typepad.fr/presse/2012/05/consommer-local-cest-bien-mais-pas-toujours-.html indiquent que cela ne veut pas nécessairement dire moins d'émissions de gaz à effet de serre si les moyens de transports utilisés sont inadaptés, si la logistique est insuffisamment optimisée ou si le comportement du consommateur est inadéquat.

Les travaux à réaliser

Pour le reste des secteurs concernés par la consommation collaborative, voici quelques pistes de réflexion à développer.

Citons tout d'abord le suivi des transactions et des flux de dépenses engendrés par les gains de pouvoir d'achat. Les économies réalisées par les adeptes de la consommation collaborative sont-elles épargnées ou génèrent-elles de nouvelles dépenses ? Ces dernières nourrissent-elles les circuits traditionnels de l'économie ? Sont-elles utilisées de nouveau dans des circuits relevant de l'économie collaborative ? En somme, partager plus ne signifie-t-il pas consommer plus ? Quels sont les effets rebonds ?

Scrutons ensuite les économies de ressources naturelles que promettent les vertus environnementales du partage. L'optimisation des usages et le réemploi engendreraient une moindre production de biens, des biens plus durables, mieux entretenus voire réparables et plus souvent recyclés... Mais les biens dont l'usage est optimisé ne vont-ils pas s'user plus rapidement ? Dans quelle mesure ? Les entreprises sont-elles prêtes à fournir des biens plus durables et plus réparables pour s'adapter à ces nouveaux usages ?

Dans les approches sectorielles, il sera utile de s'attarder sur les nouvelles pratiques touristiques, afin de voir si l'économie du partage n'accroît pas le nombre de déplacements, et donc de tonnes de CO2 émises chaque année. Dans le secteur de la finance, l'impact des services de financement participatif sur les placements polluants des banques pourra également être évalué, même s'il est probable qu'il reste encore faible pour l'instant. Enfin, la question des modèles et de leur encadrement juridique devra également être traitée pour estimer au mieux ce qui aujourd'hui peut engendrer des risques de dumping fiscal et social.

Alors que l'économie du partage connaît un formidable essor en France et dans le monde depuis la fin des années 2000, une meilleure mesure de ces effets induits sur l'environnement et la société devient indispensable afin d'en améliorer l'accompagnement et l'insertion dans des politiques publiques de développement durable.

Des pratiques coopératives et cumulatives

Les adeptes des pratiques coopératives ne remettent pas obligatoirement en cause l'ensemble des chaînes de distribution mais partagent l'envie d'expérimenter de nouvelles choses et de créer de nouvelles relations autour de la consommation.
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L'état des pratiques coopératives en France

En 2012, une part non négligeable de la population française avait déjà pratiqué une forme coopérative de consommation. Le nombre de personnes indiquant être prêtes à les essayer montre par ailleurs une vraie curiosité collective pour ces nouvelles pratiques.

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