Énergies | Quel modèle pour demain ?

Énergies | Quel modèle pour demain ?
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Sommaire de l'article
Combien de véhicules en 2050 ?
Repenser la ville pour limiter les émissions
Roulons propre en 2050
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Repère 3

Parmi les gaz à effet de serre responsables du changement climatique, le dioxyde de carbone (CO2) issu de la combustion d'énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) joue un rôle prépondérant. Une politique climatique ambitieuse nécessite donc de modérer les besoins énergétiques et d'organiser l'abandon progressif des ressources fossiles. Est-ce possible ? Comment connaître les conséquences économiques d'une telle politique ? Comment prévoir l'évolution de la consommation ou celle des cours des énergies fossiles ? Comment déterminer ce que seront la croissance du PIB, le progrès technique ou les préférences individuelles, notam-ment pour les pays en développement à forte croissance (Chine, Inde, Brésil) à l'horizon 2050-2100 ? C'est l'ambition des exercices de modélisation qui développent des scénarios reposant sur des évolutions alternatives des modes de consommation, des technologies ou des modes de vie.

si le sud fait comme nous. Un premier scénario possible dit " de référence ", sans politique climatique, envisage une convergence croissante des modes de vie entre les pays développés et en développement. La croissance de ces derniers se traduit par un rattrapage de la consommation des ménages en termes de surface habitable, de niveau d'équipements semi-durables, du nombre de véhicules et de la mobilité par habitant. La poursuite de l'extension urbaine et les besoins croissants de mobilité accélèrent le développement massif du transport routier, amenant le monde à compter trois fois plus de véhicules en 2050 qu'aujourd'hui. Ce scénario accroît la dépendance des économies aux énergies fossiles et les rend plus vulnérables en cas de conflits dans les zones de production. En limitant la pénétration des technologies plus sobres comme les véhicules électriques, il augmente aussi les risques d'impasse technologique au moment où les ressources pétrolières seront rares. L'alourdissement démesuré de la facture énergétique des ménages et des entreprises aura par ailleurs des conséquences sociales délicates à gérer pour les gouvernements. À titre d'exemple, en 2050, un Indien consacrera 20 % de son revenu aux dépenses énergétiques. Enfin, les dommages liés à une augmentation de la fréquence des événements extrêmes risquent de s'accroître en raison du doublement des émissions de CO2 d'ici 2050 par rapport au niveau actuel.

Et si nous limitions les émissions ? Un deuxième scénario envisage l'introduction d'un objectif de stabilisation des émissions mondiales de gaz à effet de serre afin de limiter le changement climatique à une augmentation de température moyenne inférieure à 2 °C d'ici 2100. En 2050, les activités émettrices de carbone sont taxées autour de 100 euros par tonne de CO2 émise, entraînant ainsi un découplage progressif entre croissance économique et consommation énergétique. Cette taxe favorise la diffusion rapide d'équipements " très basse consommation " et de nouvelles technologies (énergies renouvelables, séquestration du carbone dans l'industrie, etc.). Elle génère des gains d'efficacité énergétique, en particulier dans les transports et le bâtiment. Les économies des pays en développement, très consommatrices en énergie, traversent cependant une difficile période de transition, le temps d'intégrer les contraintes imposées sur les émissions de gaz à effet de serre.

changer de modèle. Un dernier scénario dit " non mimétique " envisage, en plus d'une contrainte carbone, un développement alternatif qui s'attaque aux causes en amont des émissions. Il s'agit de repenser les politiques de mobilité et de localisation des activités pour limiter les dépenses énergétiques en fonction des particularités locales. Pour répondre à l'étalement physique qui caractérise aujourd'hui un très grand nombre de villes au Nord comme au Sud, les politiques encouragent une décentralisation progressive de la production et de la distribution des flux énergétiques. L'implantation de réseaux multimodaux de transport, alimentés par des systèmes décentralisés de production d'énergie (recharge de batterie à domicile par exemple), permet ainsi de faire face à la forte demande de mobilité due à l'étalement urbain. Dans les villes où les activités sont concentrées en majorité en Asie, on s'attèle à réduire les besoins en mobilité individuelle et le trafic automobile. Le nombre de véhicules en Inde pourrait ainsi être réduit de moitié par rapport au scénario de référence. L'allègement du fardeau énergétique des ménages et des entreprises limite enfin l'impact de la transition énergétique sur l'économie et permet de concilier développement et politique climatique.

Bifurquer vers une société décarbonée, à coûts modérés, ne passe donc pas seulement par la poursuite d'un objectif de réduction des émissions mais également par des politiques d'infrastructures (modes de déplacement, logements...) ambitieuses, permettant de réorganiser spatialement les activités économiques et de modifier profondément les comportements. Plus tôt cette transition commencera, plus le renouvellement des infrastructures pourra être progressif et moins les coûts seront importants. Cela suppose toutefois une action publique capable d'orienter fortement les investissements et d'assurer leur rentabilité sur le long terme.

Combien de véhicules en 2050 ?

Pour des raisons de rattrapage en équipements des ménages et de dynamiques démographiques, c'est surtout dans les pays du Sud que le nombre de véhicules va augmenter d'ici 2050. Dans les pays développés, les taux d'équipement sont déjà proches de la saturation. Toutefois, l'équipement en voitures particulières des ménages chinois (130 voitures pour 1 000 habitants) et indiens (200 voitures pour 1 000 habitants) en 2050 dans le scénario de référence reste encore loin de celui de l'OCDE.
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Repenser la ville pour limiter les émissions

Les villes sont responsables de 45 % des émissions de gaz à effet de serre. Toute stratégie de mitigation des émissions de carbone et d'adaptation des territoires urbains au changement climatique passera donc par des politiques territoriales et de transport qui modifieront l'organisation spatiale des activités.
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Roulons propre en 2050

Dans tout scénario où les émissions sont contraintes, la flotte de véhicules conventionnels diminue au profit des véhicules hybrides et électriques. Si l'on ajoute un scénario non mimétique, la réorganisation spatiale des activités diminue la consommation d'énergie, ce qui réduit les tensions sur les ressources pétrolières et favorise les véhicules hybrides.

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