Environnement | Faut-il rémunérer la nature ?

Date: 2010
Regions:
2

Repère 9

L'évaluation des écosystèmes pour le Millénaire, commandée et publiée par les Nations unies en 2005, a consacré la notion de " service écosystémique " pour désigner les relations étroites et insécables entre la nature et son utilisation socio-économique. Ceux qui font appel à cette notion concluent généralement que les bénéfices des services obtenus des écosystèmes (eau, air, semences, fertilisation...) ne sont pas suffisamment pris en compte par les acteurs publics et privés. Sur cette base, de nombreux prescripteurs - bien au-delà du cercle des économistes - encouragent à fixer une valeur monétaire aux écosystèmes, laquelle pourrait partiellement aider les acteurs engagés dans la lutte contre l'érosion préoccupante de la biodiversité, des ONG environnementales aux entreprises en passant par les organisations internationales telles que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUE). Dans un monde dominé par les règles de l'économie et la force des chiffres, donner un prix aux services rendus par la nature apparaît à même de favoriser un renversement de tendance. Il est donc logique de penser que l'optimisation économique, à des fins de rationalisation, des choix est potentiellement porteuse de plus de conservation de la biodiversité.

Si des tentatives pour mobiliser l'analyse économique afin de justifier la conservation de la biodiversité ont eu lieu depuis les années 1960, l'exercice est devenu aujourd'hui systématique. Le célèbre article de Robert Costanza et de ses collègues (1997) a constitué une étape marquante en la matière : les auteurs y calculent la valeur des écosystèmes à l'échelle mondiale selon dix-sept services considérés comme majeurs. S'ils reconnaissent les faiblesses inhérentes à leur modèle, ils insistent toutefois sur son utilité : faire apparaître les valeurs potentielles de ces services, hiérarchiser leur importance, identifier les besoins ultérieurs d'évaluation. Dix ans plus tard, le rapport intermédiaire (2008) de l'ambitieuse étude coordonnée par Pavan Sukhdev - The Economics of Ecosystems ''& Biodiversity - a pour double objectif de développer des méthodes d'évaluation rigoureuses mais accessibles aux décideurs, et d'estimer le coût d'une dégradation des services écosystémiques. L'étude met aussi l'accent sur la nécessaire prise en compte des réels utilisateurs de ces services. Si l'on considère spécifiquement les besoins des populations les plus pauvres, la contribution économique des services écosytémiques devient en effet considérable. On estime généralement la perte de bien-être mondial due à l'érosion de la biodiversité à l'horizon 2050 à 7 % de PIB. Pour les populations les plus pauvres, cela représente une perte correspondant à 60 % de leur PIB.

Le prix du service. Symptôme de l'émergence de marchés consacrés à l'environnement, les paiements pour services écosystémiques (PSE) sont de plus en plus présentés comme un instrument de protection de la nature. Ils lient, par un contrat volontaire, l'acheteur du service écosystémique (l'exploitant d'un barrage hydro-électrique par exemple) et le vendeur du service correspondant (l'usager d'une forêt située en amont de ce barrage). Un paiement périodique sera versé à condition que le service soit assuré selon les termes de l'accord. Dans leur forme la plus simple, les PSE se concrétisent par des compensations versées à des agents économiques en échange de l'abandon d'activités qui dégradent l'environnement.

L'évaluation des services écosystémiques fournit une valeur de référence au montant du paiement que le bénéficiaire du service serait prêt à consentir pour son maintien. Toutefois, en pratique, la valeur du service ne représente souvent qu'une borne supérieure que l'acheteur se refuse à franchir. La mesure des coûts d'opportunité revêt alors une importance au moins égale, tant il paraît inévitable que le vendeur du service ne voie pas ses revenus réduits en renonçant à l'exploitation d'une ressource. Conséquence immédiate de ce constat, les PSE devraient donc surtout être appliqués là où la valeur des services écosystémiques dépasse les revenus d'exploitation auxquels renonce le vendeur. Dans le cas du stockage de carbone en forêt, et en considérant que la valeur du service est le prix de la tonne de carbone sur le marché, le PSE n'est ainsi applicable que si la conversion à des usages agricoles génère moins de revenus que la vente des crédits carbone correspondants. À l'inverse, les PSE ne constituent pas un outil performant pour la protection d'écosystèmes dont l'exploitation laisse entrevoir des revenus très importants à leur propriétaire. Au final, ils ne répondent donc qu'à un segment précis du large panel d'écosystèmes qu'il convient de maintenir sur la surface de la Terre. Leur identification reste par ailleurs limitée par la faiblesse des connaissances disponibles sur les services écosystémiques rendus, leur valeur monétaire et les revenus générés lors du processus de dégradation.

L'opportunité de protéger

La cartographie de la valeur des services rendus par les écosystèmes ne procure qu'une partie de l'information nécessaire pour déterminer les lieux où un paiement pour services serait approprié pour la conservation. En effet, cette valeur doit être relativisée au regard des coûts d'opportunité liés à l'exploitation et à la dégradation des écosystèmes. Ceci étant dit, la carte indique que les océans et les forêts tropicales génèrent des services de haute valeur, à l'opposé, des déserts ou de l'Antarctique.
Show Media

Des écosystèmes de valeur

La cartographie de la valeur des services rendus par les écosystèmes ne procure qu'une partie de l'information nécessaire pour déterminer les lieux où un paiement pour services serait approprié pour la conservation. En effet, cette valeur doit être relativisée au regard des coûts d'opportunité liés à l'exploitation et à la dégradation des écosystèmes. Ceci étant dit, la carte indique que les océans et les forêts tropicales génèrent des services de haute valeur, à l'opposé, des déserts ou de l'Antarctique.
Show Media