Vaincre les inégalités

Date: 24 oct 2016

Le monde n'a jamais produit autant de richesses, mais celles-ci n'ont jamais été aussi mal distribuées. Comment expliquer ces évolutions ? Quelles actions envisager alors que les objectifs de développement durable adoptés en 2015 appellent à améliorer les conditions de vie 40 % les plus pauvres ?

Le monde en 2015 n’a jamais été aussi riche, si la richesse se mesure à l’aune des biens et services consommés et produits. Et cette richesse n’a jamais été aussi inégalement répartie. La part de la richesse nationale possédée par les 1 % ou les 10 % les plus riches retrouve, dans les pays où les données fiscales sont disponibles, les niveaux records du début du siècle passé. La hausse des inégalités que l’on observe au sein des pays s’observe également à l’échelle du monde. En 2016, la moitié de la richesse mondiale sera détenue par 1 % de la population de notre planète.

Le constat d’une résurgence irrésistible des inégalités serait consternant s’il n’était accompagné de son corollaire, lui aussi sans précédent : pour la première fois la réduction des inégalités de revenus domestiques est au menu de l’agenda international de développement – elle est explicitement un des objectifs universels du développement durable (ODD 10) adoptés en septembre 2015 au terme de l’Assemblée Générale des Nations-Unies. Rappelons que les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) précédents ne traitaient pas des inégalités de revenu et se concentraient sur l’extrême pauvreté et l’accès aux services de base ; de surcroît, ils ne concernaient que les pays en développement, contrairement aux ODD qui s’appliquent à tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. En quoi la hausse des inégalités est-elle incompatible avec un développement durable – au point de figurer dans la liste des ODD et dissiper les objections de pays tels que les États-Unis, l’Indonésie et la Chine aux diplomaties pourtant rompues à l’art de la négociation et au confort du souverainisme ? Les inégalités économiques ont des conséquences directes sur l’accès aux soins et aux services de santé dans les pays dépourvus de système de protection sociale performants – situation qui concerne aujourd'hui 70 % de la population mondiale. Le constat est similaire en matière d’accès à l’éducation, au logement, à l’énergie, au crédit et au financement dès lors que les services associés à ces secteurs sont produits par des administrations ou des marchés défaillants.

Les inégalités économiques soulèvent des problèmes d’une autre nature et d’une toute autre ampleur que la persistance de l’absolue pauvreté. Les négociateurs des ODD ne s’y sont pas trompés, en n’opposant pas les deux agendas et en faisant deux objectifs distincts. Des questions cependant persistent, que la seule adoption d’un objectif de réduction des inégalités par les Nations-Unies ne saurait prétendre épuiser. Nous en retiendrons trois majeures. Comment expliquer le creusement des inégalités domestiques – ou pour le dire autrement, quels ont été les racines ou « drivers » de celui-ci au cours des vingt dernières années? La réduction des inégalités ensuite est-elle un objectif de moyen – pour atteindre d’autres ODD – ou une finalité ? Quelles options politiques sont envisagées ou appliquées et en quoi la poursuite de l'ODD 10 implique-t-elle un changement dans les modalités d'intervention des agences de développement ? Quelle peut être la place d'une réflexion globale sur la fiscalité dans cet agenda ?

L’Afd, l’Iddri et Teri ont rassemblé en 2013 des premiers éléments empiriques disponibles attestant du lien entre montée des inégalités et défaut de soutenabilité. Nous poursuivons ici notre exploration, dans les directions ouvertes par les trois questions que nous venons d’énoncer.