Produire et consommer durablement

Date: 21 oct 2016

Comment aborder la consommation et la production durables vingt ans après Rio ? Est-on effectivement passé de la gestion de la rareté à l'intégration des cycles de production et de consommation ? Quelles politiques mettre en oeuvre ?

Le Sommet de la Terre sur l'environnement et le développement tenu à Rio en 1992 a ouvert la recherche collective de la durabilité, notamment en préconisant l'élimination des modes de production et de consommation non durables. La problématique posée, les solutions envisagées se sont très vite concentrées sur des innovations techniques capables de limiter l’empreinte environnementale de nos modes de production. Cette question est déjà éminemment complexe : ce qui peut apparaître comme une politique efficace dans un domaine peut avoir des répercussions néfastes dans un autre. Les différentes façons d’exploiter l’eau et les terres font par exemple peser des contraintes sur d’autres ressources. Élargir l’offre de biocarburants peut contribuer à faire peser des pressions sur la terre ou l’eau. Des pays visant leur sécurité alimentaire ou énergétique ont aussi acquis des terres à l’étranger, au détriment de l’accès des communautés locales existantes. Les approches technologiques conduisent à des impasses si elles ne s'accompagnent pas d'un pilotage socio-économique. Enfin, améliorer l’efficience d’usage des ressources (par exemple en irrigation, réduire les pertes en eau, ou bien dans les procédés industriels, réduire l’énergie nécessaire par unité de produit) peut conduire à rendre l’activité industrielle plus rentable et accroître la quantité produite : malgré l’augmentation de l’efficience, la pression totale sur la ressource peut continuer à augmenter, selon un effet rebond.

Lors de la Conférence Rio+20 en 2012, les Nations unies ont réitéré leur soutien à cet agenda avec un programme d’action sur la production et la consommation durables (Sustainable Consumption and Production - SCP) intitulé « 10 years framework program (YFP) ». Selon la définition retenue, les SCP correspondent à une « utilisation de services et de produits qui répondent aux besoins de base et apportent une meilleure qualité de vie tout en minimisant la consommation de ressources naturelles et de substances toxiques ainsi que l’émission de déchets et de polluants pendant le cycle de vie des produits et services de manière à ne pas compromettre la satisfaction des besoins des générations futures ». Confié au PNUE, le programme repose sur cinq composantes : éducation et styles de vie ; construction et immeubles durables ; tourisme durable ; information du consommateur ; et achats publics durables. Les pays sont invités à mettre en place des structures participatives adéquates et à se doter de stratégies d’intervention. En 2015, l’engagement des Nations Unies sur ce thème s'est traduit par l’adoption de l'ODD 12 qui fixe des objectifs plus ou moins précis y compris sur des sujets novateurs comme la réduction de 50 % d’ici 2030 du gaspillage de nourriture.

Vingt ans après Rio, l'approche de la question s'articule ainsi moins en termes de gestion de la rareté des ressources que de recherche de la sobriété des cycles de production et de consommation notamment énergétique et agricole. Comment s'organisent les débats autour de cette question qui interroge directement l'évolution des filières de production pour rendre plus accessible des modes de consommation responsables au consommateur individuel ? Le débat semble ainsi s'être déplacé de la recherche de solutions technologiques à celle d'un panel d'outils sociaux, économiques et politiques. Il est donc pertinent aujourd'hui de se lancer dans une analyse des politiques menées à l'échelle nationale pour atteindre ces vastes objectifs de production et de consommation durable. Une part importante de cette exploration devrait être laissée aux études de cas et aux témoignages de mise en œuvre au Nord comme au Sud à la recherche d'exemples de précurseurs et de réussites notables. Questionner la durabilité des modes de production et de consommation, au Nord comme au Sud, ouvre aussi la voie à des interrogations profondes de société. La première d’entre elles porte sur le poids croissant des classes moyennes dans les pays émergents et en développement et leurs attentes : comment s'articulent les deux injonctions d'amélioration des conditions de vie et de durabilité des modes de consommation et de production.