Les zones grises de la mondialisation : réintégrer les territoires sans gouvernance

Date: 15 mar 2017

Les « zones grises », définies comme des « espaces de dérégulation sociale, de nature politique ou socio-économique, (…) où les institutions centrales ne parviennent pas à affirmer leur domination, laquelle est assurée par des micro-autorités alternatives » (Minassian, 2011) constituent un enjeu majeur de gouvernance internationale de la mondialisation. Ces aires de chaos politique et de conflits armés, où le droit et la légitimité sont contestés par une partie croissante des populations qui les occupent, témoignent d’une géopolitique en recomposition.

Au-delà des enjeux locaux ou nationaux auxquels elles ont longtemps été cantonnées, ces zones grises posent un problème public mondial. L’extension des zones concernées en ce début de 21e siècle interroge directement la mise en œuvre universelle des Objectifs de développement durable (ODD) adoptés en septembre 2015 : en effet, aucun pays en crise n’a atteint les Objectifs du millénaire pour le développement. Par ailleurs, les externalités et les contagions (au sens propre, par exemple le virus Ebola, comme au sens figuré, le conflit syrien) produites par ces situations sont autant de coûts économiques et sociaux imposés aux autres États. Dès lors, agir n’est plus une option. Ainsi a été pensé l’ODD 16 qui vise à « promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes aux fins du développement durable, assurer à tous l’accès à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes ». Il n’a pourtant pas été accepté sans grandes difficultés par de nombreux pays, prouvant ainsi, s’il était nécessaire, qu’il n’existe pas de consensus universel sur la notion de gouvernance.

Il est dès lors vertigineux, dans ce contexte de diversité et de fluidité, de s’engager dans l’analyse de ces zones grises pour en proposer de meilleurs leviers de gouvernance et de régulation. Il est d’autant plus important de rassembler les informations disponibles pour en étudier les angles « morts », mal connus des acteurs publics. Quels facteurs se superposent et se renforcent dans les cercles vicieux qui alimentent la crise ? Sommes-nous devant des phénomènes contenus, ou tendent-ils à s'étendre à l'échelle mondiale ? Comment expliquer les interactions entre conflits locaux, régionaux, nationaux, transnationaux ? Nous proposons les questions de recherche suivantes : Définition et caractérisation d’une « zone grise » ? Quelles articulations entre les différents types de criminalités ? Quels phénomènes de superposition et d’accélération des fragilités de ces zones (que nous proposons d'analyser par une cartographie superposant les différents filtres de fragilité des États) ? Quelles conséquences des zones grises en termes de développement durable ? Pour les zones elles-mêmes ? Pour la communauté internationale (externalités négatives) ? Quelles expériences de sortie de la fragilité ? Quelles leçons pouvons-nous en tirer ? Comment améliorer la gouvernance des zones grises ? Que peut-on raisonnablement espérer en la matière ? Quelles sont les possibles réponses des États, bailleurs, ONG, etc. ?

Ce dossier propose de jeter les jalons de réponses à ces cinq questions principales de recherche et de proposer des pistes de recherche pour approfondir ces réponses et surtout d’en analyser les interrelations.