Corée du Sud : la croissance verte comme stratégie

Corée du Sud : la croissance verte comme stratégie
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Sommaire de l'article
La Stratégie coréenne de croissance verte
Une diversification énergétique en cours
Croissance verte : le Deuxième Plan quinquennal
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Depuis 2008, la Corée du Sud met en œuvre un ambitieux plan de croissance verte, impulsé par la forte dynamique d'une initiative présidentielle. La Stratégie pour une croissance verte a pour objectif de changer de modèle de développement national en passant d'une croissance dépendant des énergies fossiles à une croissance plus respectueuse de l'environnement, utilisant des ressources énergétiques à faible teneur en carbone et renouvelables. La Corée du Sud a ainsi tenté d'assurer sa sécurité énergétique en augmentant ses ressources énergétiques à faible teneur en carbone, y compris l'énergie nucléaire, et en relançant l'industrie des énergies vertes. Tout en soulignant les synergies entre mesures faibles en carbone et compétitivité économique, les Stratégies de croissance verte ont déclenché un fort boom industriel du secteur des énergies renouvelables.

Cependant, la Stratégie pour la croissance verte de la Corée du Sud est aussi confrontée à un certain nombre de défis. Les stratégies " descendantes " de la croissance verte ont dû être réajustées au gré des changements d'administrations et de priorités politiques. En outre, passer d'une vision stratégique à la mise en œuvre des politiques proprement dite a également été source de défis, pour le gouvernement comme pour les industries concernées. L'énergie nucléaire, l'une des sources privilégiées par la Corée du Sud pour diminuer ses émissions de carbone, a commencé à faire l'objet de plus de circonspection dans la nouvelle atmosphère sociopolitique de l'ère post-Fukushima.

Ce chapitre étudie l'évolution des politiques de croissance verte de la Corée du Sud depuis 2008 et examine les défis et chantiers de sa mise en œuvre. Il explore également le " Deuxième Plan quinquennal pour la croissance verte (2014-2018) " annoncé récemment et conclut avec des perspectives pour une mise en œuvre plus cohérente de la Stratégie pour une croissance verte de la Corée du Sud.

Évolution de la Stratégie pour une croissance verte (2008-2013)

La Stratégie pour une croissance verte de la Corée du Sud comporte des objectifs politiques multiples pour répondre aux problèmes du changement climatique, de la dépendance vis-à-vis des importations d'énergie, de l'épuisement des énergies fossiles et du ralentissement de l'économie mondiale (cf. repère 1). Elle a également été conçue comme un modèle de développement pour créer un nouveau moteur de croissance économique au-delà de l'industrie des Technologies de l'information et de la communication (TIC), grâce aux technologies vertes et à l'énergie renouvelable. La transition vers une économie à faible émission de carbone implique la transformation de secteurs économiques clés, le déploiement de nouvelles technologies, de même que des changements de mode de vie pour l'ensemble de la société [Lee, 2013b]. Conformément au nouveau modèle de croissance verte, le gouvernement a également annoncé un " New Deal " vert, plan de relance économique visant à faire face à la crise financière mondiale en utilisant les technologies vertes et en investissant dans les industries environnementales [Lee, 2013a] Projet de " New Deal " vert visant la création de 956 420 emplois. Commission présidentielle sur la croissance verte, 2008-2009 Progress Report [Rapport d'étape 2008-2009], p. 9. .

Portée par une initiative politique forte, la Stratégie pour une croissance verte de la Corée a connu des avancées notables en matière juridique et institutionnelle. La loi-cadre sur une croissance verte faible en carbone a fourni une base légale globale, tandis que de nouvelles agences gouvernementales, à l'instar du Comité présidentiel pour la croissance verte (Presidential Committee on Green Growth, PCGG), ont permis l'élaboration de politiques de croissance verte plus systématiques. Pour ce qui concerne le paquet énergétique, le premier Plan national des énergies de base (New Basic Energy Plan, NBEP, 2008), a défini un objectif de 11 % d'énergies renouvelables pour l'approvisionnement en énergie primaire d'ici 2030, une forte augmentation comparé à l'objectif initial de 2,14 % fixé en 2006 [Lee et Yu, 2012 ; Lee, 2013b]. Dans le second NBEP (2013), cet objectif de 11 % d'énergies renouvelables reste inchangé pour le nouveau programme à l'horizon 2035 [Motie, 2014] (cf. repère 2).

En 2012, le gouvernement a introduit un instrument clé pour le développement des énergies renouvelables en établissant un quota en matière d'énergies renouvelables (Renewable Portfolio Standard, RPS), qui remplace le système existant de tarif de rachat Le RPS sud-coréen impose aux producteurs d'électricité de plus de 500 mW la production d'une certaine quantité d'électricité à partir de sources d'énergie nouvelles et renouvelables. . L'objectif de 2 % du RPS en 2012 pourrait passer à 10 % d'ici 2020. Il est supposé fournir un cadre stable pour l'expansion du marché domestique, aux côtés d'un certain nombre de politiques de croissance verte comme le système d'échanges de quotas d'émissions (SEQE), le projet maison verte, etc.

Le bon développement des infrastructures industrielles du pays a été considéré comme un avantage, susceptible d'alimenter les industries de l'énergie verte. Les principales entreprises de l'industrie lourde sud-coréennes ont investi le secteur éolien, tandis que les entreprises d'électronique annonçaient leur participation dans l'industrie des cellules photovoltaïques (PV). Par ailleurs, les capacités avancées de la Corée du Sud en matière de technologies de l'information et d'électronique ont permis de galvaniser les projets dans le domaine des réseaux intelligents. En outre, le programme d'investissement du gouvernement pour la recherche et le développement (R&D) a dû jouer un rôle important pour combler le fossé technologique entre la Corée du Sud et les pays leaders mondiaux en matière d'énergie verte [Lee et Yu, 2012] Les technologies clés de croissance verte comprennent : énergies nouvelles et renouvelables (PV, vent, piles à combustible, Integrated Gasification Combined Cycle - IGCC -, agrocarburants) ; technologies de réduction des émissions de carbone et d'efficacité énergétique (carburants propres, stockage d'énergie, éclairage efficace, voitures vertes, bâtiments à faible consommation énergétique, pompes à chaleur) ; et électricité/nucléaire (nucléaire, réseau intelligent, énergie thermique propre) [Lee et Yu, 2012]. .

Dans le cadre de sa contribution nationale à la lutte contre le changement climatique en vue de la Conférence des Parties (COP) de Copenhague en 2009, le gouvernement sud-coréen a confirmé un engagement de croissance verte pauvre en carbone en annonçant un objectif à mi-parcours de 30 % de réduction des émissions de GES d'ici 2020 (selon un scénario de maintien du statu quo [MSQ]). En outre, des objectifs nationaux de réduction des émissions de GES ont été établis pour des secteurs spécifiques, dont les transports (26,7 %), le bâtiment (26,9 %) et les secteurs générateurs d'énergie (34,3 %) - toujours en vue de 2020, selon un scenario MSQ -, tandis que le secteur de l'industrie dans son ensemble se voyait attribuer une obligation de 18,2 % de réduction [Lee et Yu, 2012].

L'énergie photovoltaïque solaire et éolienne s'est développée de façon importante en Corée du Sud depuis l'introduction de la croissance verte. Néanmoins, la contribution de ces types d'énergie n'est pas encore significative, avec 2,2 % (éolien), 2,7 % (solaire photovoltaïque) et 0,3 % (solaire thermique) du total de l'approvisionnement en énergie nouvelle et renouvelable [KEMCO, 2014].

Les défis de la Stratégie pour une croissance verte dans un environnement incertain

La Stratégie pour une croissance verte a largement évolué vers une nouvelle vision et un nouveau modèle politique. En tant qu'initiative descendante forte, l'idée de croissance verte est rapidement devenue une doctrine politique " sacrosainte ", devenant le symbole de l'administration de Lee Myung Bak. Les projets faibles en carbone et la promotion d'énergie propre et renouvelable sont désormais largement considérés comme les meilleures pratiques au sein du gouvernement, des entreprises et de la société civile. En outre, une enveloppe budgétaire généreuse a élargi la plateforme de R&D et les débats politiques. La Stratégie de croissance verte a également permis la création de l'Institut mondial pour la croissance verte (Global Green Growth Institute, GGGI) et du Centre de technologie verte (Green Technology Center, GTC), et la Corée du Sud a hébergé le Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund, GCF) - ces organismes étant tous considérés comme des réalisations institutionnelles majeures au niveau mondial.

Cependant, la Stratégie pour une croissance verte de la Corée du Sud a aussi été confrontée à des défis croissants, en particulier après la fin de l'administration Lee Myung Bak. Ces derniers résident dans la gestion de la transition d'une structure énergétique basée sur des combustibles fossiles vers une structure plus verte, qui a généralement un coût économique et social considérable. Une série de variables extérieures, comme la crise économique mondiale et une récession générale des industries liées aux énergies renouvelables dans le monde, ont aussi affecté les progrès de la croissance verte en Corée du Sud.

Une grande partie des critiques ont été centrées sur les attentes exagérées quant aux résultats. Par exemple, le Projet d'aménagement des quatre fleuves, auquel la majeure partie du budget du " New Deal " vert a été allouée Le projet d'aménagement des quatre principaux bassins fluviaux représente 28,9 % du budget total du " New Deal " vert. , a souvent été critiqué pour ses impacts négatifs sur l'environnement. En outre, si l'énergie nucléaire est l'une des principales mesures pour de faibles émissions de carbone dans la Stratégie pour une croissance verte, l'engagement du gouvernement pour l'expansion nucléaire est désormais confronté à des défis croissants en termes de sécurité, au lendemain de l'accident nucléaire de Fukushima. D'un point de vue industriel, la structure de l'économie sud-coréenne n'est toujours pas favorable à une croissance faible en carbone, les principaux secteurs industriels du pays étant énergivores et orientés vers l'export. Il faut ajouter à cela des préoccupations quant à l'efficacité du système d'échange de quotas d'émissions (SEQE) et le boom des gaz de schistes en Amérique du Nord, qui obligent les secteurs des énergies renouvelables à entrer en compétition avec l'utilisation croissante des gaz naturels. Il semble qu'avancer sur la voie verte ne sera pas aussi facile que nous aurions pu l'espérer.

Redessiner le cadre de la voie verte

L'administration de Park Geun Hye a réaffirmé à plusieurs reprises son soutien continu au modèle de croissance verte de la Corée du Sud. Le gouvernement a adopté son Deuxième Plan quinquennal pour la croissance verte (2014-2018) en juillet 2014, annonçant trois objectifs politiques : 1. établir une structure économique et sociale à faibles émissions de carbone ; 2. mettre en place une économie créative via la convergence de technologie verte et de TIC ; et 3. créer des conditions de vie propres et résilientes au changement climatique. Les principaux éléments du Deuxième Plan quinquennal sont résumés dans le repère 3. En outre, il est prévu d'introduire les systèmes d'échange de quotas d'émissions en janvier 2015.

Cependant, l'élan pour des politiques de croissance verte semble avoir diminué, et le gouvernement semble avoir mitigé les ambitions de l'administration précédente. L'agence gouvernementale en charge de la croissance verte a été transférée depuis le PCGG vers le bureau du Premier ministre. Dans le même temps, pour certains responsables politiques, la croissance verte, initialement doctrine sacrosainte, est devenue implicitement un tabou politique. La politisation exagérée du cadre pour la croissance verte a eu des impacts négatifs, la remobilisation des acteurs politiques, industriels et sociaux étant, pour le moment du moins, devenue une nouvelle priorité pour la poursuite de la mise en œuvre de la Stratégie pour une croissance verte.

Les incertitudes liées aux négociations internationales sur le changement climatique présentent un autre défi extérieur. La Corée du Sud a adopté une démarche proactive dans les discussions sur le mécanisme du protocole post-Kyoto. Dans son allocution au Sommet des Nations unies sur le changement climatique en septembre 2014, la présidente Park a annoncé une contribution de la Corée du Sud de 100 millions de dollars au GCF et souligné le rôle actif du pays dans la coopération internationale pour lutter contre le changement climatique. Cependant, les objectifs et modalités spécifiques de la participation de la Corée du Sud au régime climatique post-2020 n'ont pas encore été fixés, et la position du pays sera sensiblement modifiée par les positions d'autres grands pays industrialisés.

La Stratégie pour une croissance verte de la Corée du Sud est encore en phase de consolidation et, à ce stade, il est trop tôt pour dire s'il s'agit, globalement, d'un succès ou d'un échec. En termes de changement de modèle, l'idée de croissance verte a certainement construit une plateforme solide pour un nouveau modèle de croissance dans la société sud-coréenne. Face au double défi d'une dépendance élevée aux combustibles fossiles et d'émissions croissantes de GES, la Stratégie pour une croissance verte demeure un cadre politique valide. La réussite de la Stratégie dépendra de la reconfirmation du consensus social et de l'élan politique nécessaires à la mise en œuvre des plans d'action du Deuxième Plan quinquennal. Tandis que la Stratégie pour une croissance verte de la Corée du Sud traverse un moment de vérité, avec une reformulation de son contenu et de ses objectifs pour aller vers un programme national plus durable à long terme, les attentes politiquement exagérées des années précédentes sont revues à la baisse.

La Stratégie coréenne de croissance verte

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Une diversification énergétique en cours

La Stratégie de croissance verte a permis un développement important des énergies renouvelables en Corée mais sans changer totalement le paysage énergétique du pays.
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Croissance verte : le Deuxième Plan quinquennal

Adopté en juillet 2014, le Deuxième Plan quinquennal pour la croissance verte coréen vise de trois objectifs : décarboner l'économie et la société ; stimuler la convergence entre technologie verte et TIC ; et créer des conditions de vie propres et résilientes au changement climatique.
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