Catastrophes naturelles : comment se tenir prêt ?

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Les pays en développement sont particulièrement vulnérables aux conséquences du changement climatique et aux catastrophes naturelles qu'il engendre. En Inde, le secteur agricole risque d'être particulièrement touché. Si certaines mesures de prévention sont déjà mises en place, beaucoup reste à faire.

Difficiles à prédire et à quantifier, les effets du changement climatique pourraient aggraver la désertification et la perte de biodiversité et affecter négativement la disponibilité et la qualité de l'eau douce dans de nombreuses régions en raison des changements de température et de pluviométrie qui en découlent. La pollution de l'air, l'appauvrissement des sols et les changements dans la couverture forestière pourraient à leur tour modifier le climat, non seulement en déplaçant les sources et les puits de gaz à effet de serre, mais également en modifiant l'absorption ou la réflexion des radiations solaires. Il est probable que le changement climatique se traduise par une augmentation de la fréquence, de l'intensité et de la durée des événements climatiques extrêmes (pluies plus importantes, sécheresses plus fortes, hivers plus rigoureux, étés plus chauds, etc.). Les conséquences en seraient la multiplication des catastrophes naturelles, et des conditions de vie encore plus difficiles dans les agglomérations, surtout pour les plus pauvres. Depuis les années 1980, tempêtes, inondations et sécheresses nous rappellent que le changement climatique est un problème mondial qui affecte les zones forestières, les régions côtières et, plus particulièrement, l'agriculture. Les populations des pays en développement et des pays émergents comme l'Inde sont particulièrement concernées.

En Inde, le réchauffement aura un impact significatif sur le Gange. Ce fleuve prend sa source dans l'Himalaya et est alimenté par plusieurs glaciers dont le Gangotri, le plus important d'entre eux, long de 26 kilomètres. Les chercheurs qui étudient ce glacier ont constaté qu'il reculait actuellement de 20 mètres par an contre 16 mètres dans le passé. Si cette tendance devait se poursuivre pendant encore vingt-cinq ans, le Gange pourrait d'abord voir augmenter son débit en raison d'une fonte accélérée, pour ensuite s'assécher, au fur et à mesure de la diminution des réserves d'eau dans les montagnes. Cette évolution menacera la vie d'environ 400 millions de personnes dans les plaines bordant le Gange, qui en dépendent pour leur subsistance.

Outre les conséquences sur la réduction de la biodiversité et sur les écosystèmes forestiers, le réchauffement climatique pourrait affecter la production agricole indienne. Dans les zones tropicales et subtropicales, où les températures sont en général très chaudes, les récoltes se déroulent déjà dans un environnement difficile, caractérisé par des terres sèches et une agriculture non irriguée. La production va donc dépendre non seulement de la réponse physiologique des plantes affectées, mais également de la capacité des systèmes socio-économiques de production à s'adapter à des changements de rendements et à la fréquence des sécheresses ou des inondations. Le troisième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) estime que les productions de riz et de blé baisseront de manière significative en raison du changement climatique. Dans la vallée du Kullu dans l'État de l'Himachal Pradesh par exemple, les frontières des régions de culture de la pomme se sont déplacées de 30 kilomètres vers le nord au cours des cinquante dernières années : alors que cette culture commençait à Bajaura au creux de la vallée, aujourd'hui, on ne la trouve plus en dessous de Raisan, à mi-hauteur de la vallée.

En réponse à ce phénomène, l'Inde a pris plusieurs mesures, suivant en cela la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Les programmes de développement du pays visent un équilibre entre développement économique et protection de l'environnement au sein d'un processus de planification conforme aux principes du développement durable.

Lorsqu'une catastrophe naturelle survient, le gouvernement a pour mission d'organiser et d'assurer les secours et la réhabilitation des biens matériels. Mais avec l'augmentation de la fréquence des catastrophes, le rôle de l'État devra changer, et accroître la prévention et la préparation des communautés. Dans ces domaines, l'Inde, comme la majorité des pays en développement, n'a pas suffisamment investi. Elle a cependant pris des mesures allant dans le bon sens en établissant des institutions à l'échelle nationale et à l'échelle des districts. Elle a adopté une approche appropriée pour la formation du personnel et l'identification des institutions de formation qui auront en charge le renforcement des capacités. En 2005, l'Inde a promulgué une loi nationale sur la gestion des catastrophes et a placé l'Organisation nationale de gestion des catastrophes sous l'autorité directe du Premier ministre qui en est lui-même le président. Cette organisation a pour mandat de conseiller les gouvernements des États. Elle aide en particulier à la conception de leurs plans d'action et de leurs directives pour la gestion des catastrophes, et offre un appui aux agences des États en matière de formation et de renforcement des capacités. Chaque État a mis en place une organisation chargée de la gestion des catastrophes et préparé un plan spécifique pour répondre aux risques de catastrophes, basé sur les conditions géo-climatiques de l'État.

Les efforts en vue d'améliorer la préparation en amont restent cependant rares. Juste avant le tsunami de 2004, il n'y avait dans l'État du Tamil Nadu qu'un seul programme mettant l'accent sur la prévention : il s'agissait d'un programme de l'ONU de réduction des catastrophes. Or, les interventions de l'ONU se faisaient par le biais du gouvernement central et il n'existait ni financement ni collaboration directe avec les ONG locales. L'équipe-pays de l'ONU a eu besoin de six mois pour que la communauté locale, par le canal des autorités locales, participe à une formation sur les premiers soins et les systèmes d'alerte précoce, et ce malgré une collaboration importante des fonctionnaires de l'État et des talukas - les sous-divisions administratives des États fédéraux indiens régissant plusieurs villages.

Une ONG du Rajasthan a mis en place un programme de banque alimentaire afin de limiter les effets des sécheresses. Une banque de céréales a été créée à l'échelle locale et communautaire, à laquelle, après la récolte, chaque famille apporte une contribution proportionnelle aux parts auxquelles elles auront droit par la suite. Comme dans une banque, on peut emprunter des céréales et les rembourser avec une quantité additionnelle, correspondant aux intérêts. Ce mécanisme utile en période de soudure permet aux familles de tenir pendant les années maigres, quand les précipitations sont faibles et que sévit la sécheresse. Il aide particulièrement les plus pauvres et les groupes marginalisés qui en sont également des actionnaires, qu'ils soient ou non propriétaires terriens.

Au-delà des interventions planifiées par l'État ou les ONG afin d'anticiper les catastrophes naturelles, certaines pratiques culturelles favorisent naturellement la prévention. Des enquêtes anthropologiques en Inde évoquent des communautés tribales sur les îles d'Andaman dont tous les habitants ont eu la vie sauve lors du passage du tsunami, alors qu'une base navale située sur l'île a subi de lourdes pertes en vies humaines. Selon une pratique culturelle ancestrale, chaque personne de cette tribu se voit attribuer, dès la naissance, un arbre et une corde à son nom. En cas de tempête, chacun grimpe dans " son " palmier et s'y attache avec la corde. Cette pratique culturelle issue d'un savoir traditionnel encourage une soumission aux lois de la nature et leur acceptation - une perspective sur le monde assurément bien différente.