Carbone, eau, déchets... les faces cachées du commerce international

Carbone, eau, déchets... les faces cachées du commerce international
Sommaire de l'article
Norvège | ce carbone venu d'ailleurs
Le commerce carbone compris
L'eau à la source du commerce
Asie | Des déchets de valeur

L'expansion des échanges de biens, de capitaux et de personnes constitue le moteur de la mondialisation. Jusqu'à très récemment, seul le volume de ces échanges était pris en compte par les analystes. Aujourd'hui, avec l'intégration de la notion de développement durable, les études sur l'impact environnemental du commerce international se multiplient, s'intéressant autant aux volumes échangés qu'à leur qualité, leur mode de production, l'énergie dépensée ou les émissions de carbone générées. Les recherches s'intéressent aussi à l'exploitation des ressources naturelles liée au commerce, notamment aux ressources rares, comme l'eau, utilisées dans la production des biens échangés. Enfin, l'approche en termes de cycle de vie des produits amène à rassembler des données sur ce que deviennent les produits en fin de vie, les volumes de déchets échangés ou sur la part du recyclage dans les échanges.

Le carbone caché. Les échanges internationaux sont directement polluants pour l'environnement. Ils sont en effet à l'origine d'émissions de CO2 à la fois lors de la production et du transport de biens. Cette pollution a un impact global sur le climat et nuit à tous les consommateurs, qu'ils soient proches ou éloignés du lieu de production des biens qu'ils achètent. Ainsi plus de 20 % (5 gigatonnes) des émissions mondiales sont liées aux échanges internationaux de biens. Alors que les pays du Nord s'engagent à réduire leurs émissions de CO2, les évaluations montrent que l'ensemble des pays de l'annexe B du protocole de Kyoto - qui ont convenu d'un objectif de réduction des émissions - importent près de 25 % de leurs émissions de CO2. En privilégiant des approvisionnements bon marché mais lointains, ils deviennent ainsi importateurs nets de carbone. Dans les pays émergents ou en transition, non contraints par le protocole de Kyoto, les exportations sont responsables de plus de 25 % des émissions. Les études tendent à montrer que la part des échanges dans les émissions de CO2 est moins importante dans les pays de grande taille (États-Unis, Russie, Chine) que dans les petits pays (Pays-Bas, Taiwan), dont les productions nationales ne couvrent qu'une faible partie des besoins.

Le carbone contenu dans les échanges peut venir annuler les efforts domestiques de réduction des émissions. Ainsi la Norvège, qui a notablement stabilisé ses émissions nationales de carbone (55 à 57 millions de tonnes par an depuis le début des années 2000), voit croître très fortement les émissions incluses dans les produits qu'elle importe (33 à 39 millions de tonnes de 2001 à 2007). Dans le cas norvégien, près de 70 % du carbone " importé " provient de pays en développement.

Une eau rare qui circule. Parmi les ressources naturelles nécessaires à la vie humaine, l'eau est sans doute la plus irremplacable. La croissance de la population, la fonte des glaciers, le réchauffement des sols contribuent à en faire une ressource rare et recherchée. Aucun discours sur le développement durable n'omet d'indiquer qu'il faut l'économiser et en protéger la qualité. Un aspect moins connu de la gestion de l'eau est directement lié au commerce : il faut souvent beaucoup d'eau pour produire des biens de consommation - 1 160 litres pour un kilogramme de blé, 3 500 litres pour un kilogramme de bœuf et 8 000 litres pour une paire de chaussures.

La production agricole végétale est la première consommatrice d'eau, et le commerce de produits agricoles se traduit donc par des exportations d'eau. Beaucoup de grands pays agricoles (États-Unis, Brésil, Argentine, Australie) sont ainsi exportateurs nets d'eau. La question de la durabilité de ce modèle s'impose quand les pays exportateurs nets d'eau sont aussi des pays qui souffrent de sécheresse chronique, ont du mal à approvisionner leur population en eau potable ou sont dépendants de leurs voisins pour leurs ressources hydrauliques. Une majorité de pays du Sud, notamment les pays africains ou asiatiques, sont exportateurs nets d'eau, alors que l'Europe de l'Ouest, malgré l'importance de son agriculture, importe plus d'eau par le biais des produits agricoles qu'elle n'en exporte. On dit ainsi que l'eau du Colorado sert à nourrir les consommateurs allemands. L'exportation d'eau à travers l'échange de productions animales ou de biens industriels, activités moins gourmandes en eau, signale néanmoins la spécialisation d'un petit nombre de pays.

Dangereux ou recyclables. On estime entre 2,5 et 4 milliards de tonnes la production annuelle mondiale de déchets. Malgré l'existence de la convention de Bâle sur le commerce de déchets dangereux, en vigueur depuis 1992 et signée par 165 pays, les données sur l'ampleur des échanges en la matière restent partielles. Près de 70 % des pays signataires ne fournissent pas d'informations sur les flux entrants ou sortants. Le peu de données disponibles signalent pourtant une forte progression des échanges : 2 millions de tonnes en 1993 à 8,5 millions de tonnes en 2001 pour les 50 pays déclarants. En Asie, devenue l'atelier de production de biens manufacturés du monde, la production de déchets dangereux a pris une ampleur sans précédent et les flux des pays les plus développés (Japon, Taiwan, Singapour) vers les pays les moins développés d'Asie (Malaisie, Indonésie, Corée du Sud) se sont notablement renforcés.

Le commerce de déchets recyclables s'est lui aussi beaucoup accru en Asie. Pour les pays les moins développés, l'importation de déchets constitue en effet une source de matériaux (aluminium, plomb, plastiques, papier) meilleur marché que de véritables matières premières et de meilleure qualité que leurs propres déchets nationaux. Ce commerce est souvent considéré comme un moyen de réduire la pression globale sur les ressources naturelles.

En juin 2004, sur proposition japonaise, le G8 a adopté l'initiative 3R visant à réduire, réutiliser et recycler les déchets, notamment en proposant une réduction des barrières tarifaires sur leurs flux. Le Japon a déjà passé des accords bilatéraux favorisant les échanges de déchets avec la plupart de ses voisins. Ces accords dépassent souvent les seuls déchets recyclables et posent des questions sur la capacité des pays récipiendaires à traiter des déchets dangereux comme les composants électroniques et les déchets chimiques ou médicaux.

 

Norvège | ce carbone venu d'ailleurs

70 % des émissions de carbone imputables aux importations de la Norvège pro-viennent de pays en développement, notamment de la Chine.

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Le commerce carbone compris

Les échanges de biens comptent pour 20 % des émissions de carbone. La part des pays développés ou émergents, les plus engagés dans le commerce international, est très importante dans ces émissions.

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L'eau à la source du commerce

La circulation de l'eau liée à la production de biens révèle d'abord la spécialisation des pays : agriculture irriguée, élevage, production de biens manufacturés. L'allocation n'est cependant pas toujours respectueuse des ressources en eau disponibles dans ces pays.

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Asie | Des déchets de valeur

La circulation des déchets en Asie est le reflet des flux de marchandises entre les pays. Les pays les plus développés sont exportateurs nets de déchets dangereux ou recyclables. Les pays en voie d'industrialisation rapide (Chine, Inde, Malaisie, Corée du Sud) sont les premiers importateurs de déchets recyclables, qui leur fournissent des matières premières bon marché.

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