Asie du Sud : À ressource limitée, gestion de qualité

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Si le raccordement physique au réseau s'est beaucoup développé en Asie du Sud, la continuité du service reste inégale et imprévisible, imposant des coûts financiers et sanitaires importants pour les consommateurs. Les solutions passent par la mise en place de systèmes d'information efficients permettant de gérer effectivement la ressource, l'amélioration du transport et des alliances entre autorités publiques et opérateurs privés.

La fourniture d'une eau potable et en quantité suffisante à des millions d'individus dans un nombre croissant de villes d'Asie du Sud Dans cet article, l'Asie du Sud inclut l'Afghanistan, le Bangladesh, la Birmanie, l'Inde, l'Iran, le Népal, le Pakistan et le Sri Lanka. constitue une lourde tâche pour les autorités urbaines. La disponibilité, l'accessibilité, la qualité et l'équité de l'adduction d'eau dans cette région y présentent en effet des déficiences graves. L'expansion démographique et l'urbanisation rapides ne font qu'aggraver le problème. En outre, beaucoup de prestataires sont inefficients et rencontrent des difficultés financières. Ces inefficiences, qui se traduisent par d'importantes pertes lors de la distribution, sont la conséquence d'un entretien insuffisant de systèmes anciens, de coûts indirects élevés et de redevances d'utilisation très faibles dans de nombreuses villes. La plupart des services des eaux urbains se trouvent donc dans l'incapacité de couvrir leurs frais d'exploitation et de maintenance, et sont fortement tributaires de l'aide de l'État. Pour que le système d'adduction d'eau urbain soit durable, il est impératif d'améliorer non seulement la prestation de services, mais aussi leur viabilité financière.

Bien qu'un grand nombre de villes d'Asie du Sud soient reliées à des réseaux de canalisations, l'adduction d'eau est intermittente et les horaires varient selon les zones (cf. graphique 1). D'après les données officielles, si l'accès à l'eau potable s'améliore dans ces villes, la fiabilité, la durabilité et le coût des services des eaux restent perfectibles1. Il existe un fossé gigantesque entre l'offre et la demande. Même s'ils sont officiellement raccordés à un réseau de distribution, les citadins consacrent des sommes colossales à des solutions onéreuses et peu sûres pour pallier la mauvaise qualité du service. Dans le souci de combler cet écart entre l'offre et la demande, les services des eaux municipaux sont constamment en quête de nouvelles ressources en eau, ce qui revient extrêmement cher. Mais ils ne cherchent pas à encourager une utilisation efficiente des ressources disponibles. Ironie du sort, malgré l'immense fossé entre l'offre et la demande, l'eau fournie par les entreprises des eaux ne parvient pas en totalité jusqu'au consommateur : dans de nombreuses villes, 40 à 60 % sont en effet perdus au cours du transport (cf. graphique 2). De plus, la faible pression dans les conduites et l'intermittence de la fourniture provoquent un phénomène de siphonage, ce qui entraîne une contamination du réseau de distribution et nuit à la santé de la population.

Il est intéressant de constater que plusieurs grandes villes asiatiques, comme Hong-Kong, Phnom Penh, Séoul, Shanghai et Tachkent, disposent de réseaux d'eau de bonne qualité, qui procurent à leur population un approvisionnement régulier (cf. graphique 1). Mais ce n'est le cas d'aucune ville d'Asie du Sud : non seulement la fourniture y est intermittente, mais on observe aussi des pertes, soit durant le transport (cf. graphique 2), soit du fait de raccordements illicites, d'où un manque à gagner pour les sociétés d'adduction d'eau. Dans la plupart des villes d'Asie du Sud, les entreprises urbaines des eaux devront donc s'attacher résolument à améliorer leurs performances et à atteindre des niveaux internationaux.

L'adoption d'un modèle d'adduction en continu pourrait assurer la durabilité de l'approvisionnement en eau des villes d'Asie du Sud. L'efficience de la prestation de services doit devenir l'indicateur clé. Avec ce type de système, on pense généralement que la demande d'eau va augmenter et que des investissements massifs seront nécessaires pour renforcer les capacités de transport. On pense également que, dans les quartiers résidentiels, la consommation d'eau est plus faible lorsque l'approvisionnement est irrégulier. Or ces hypothèses ne sont corroborées ni par des études, ni par les faits. En effet, les consommateurs ont tendance à gaspiller beaucoup d'eau lorsque l'approvisionnement est intermittent, car ils stockent l'eau et la jettent, une fois croupie, quand de l'eau fraîche est disponible. Du côté de l'offre, l'irrégularité de l'approvisionnement entraîne des fuites dues à l'éclatement des conduites sous l'effet de la pression générée par la fourniture d'un important volume d'eau pendant de courtes périodes. Un système ayant une pression constante pour un approvisionnement régulier peut allonger la durée de vie du réseau de distribution et abaisser les coûts de maintenance du fait de la réduction du nombre de conduites rompues.

Les villes d'Asie du Sud qui souhaitent améliorer leur service des eaux doivent impérativement passer progressivement d'un approvisionnement intermittent à un approvisionnement régulier. Le rythme de cette transition peut varier d'un pays et d'une ville à l'autre, mais elle constitue l'approche la plus complète et la seule susceptible d'aboutir à la pérennité du système. Cependant, il est important de concevoir des approches intégrées, ainsi qu'une véritable stratégie de mise en œuvre. Un certain nombre de réformes sociales, économiques et institutionnelles devront être menées en parallèle des réformes techniques.

Pour commencer, il convient de développer un système d'information intégré bien structuré sur la plateforme d'un système d'information géographique (SIG). Afin d'améliorer leurs performances, les entreprises d'adduction d'eau doivent non seulement disposer d'informations stables, mais aussi, dans le même temps, d'un contrôle des pertes techniques et commerciales, d'un système de gestion de la pression, d'un mesurage, de tarifs équitables, d'un dispositif efficient de perception des recettes, d'un bon rapport coût-efficacité dans la prestation de services, ainsi que d'une régulation effective. Les partenariats public-privé (PPP) sont à même de regrouper les compétences, les fonds et le savoir-faire des prestataires publics et privés, dans le but de proposer aux consommateurs un bon niveau de service. C'est pourquoi il est nécessaire d'étudier les modèles de PPP qui ont été déployés avec succès dans des villes asiatiques et qui sont susceptibles d'être reproduits dans celles d'Asie du Sud.

La relation entre le consommateur et le fournisseur est la clé du succès. Lorsque l'approvisionnement en eau est irrégulier, les clients rechignent à payer, jugeant le niveau de service insuffisant. La régularité de l'approvisionnement permettrait des progrès spectaculaires dans la gestion du service. Dans un tel système, le prestataire doit livrer une eau de qualité satisfaisante, en quantité suffisante et de manière continue. Cette approche devrait donc convenir aux consommateurs et améliorer la situation de ceux qui sont disposés à payer ce service, même dans les bidonvilles2.

Avec un système d'approvisionnement permanent, les prestataires devront agir pour améliorer le service, mais ces efforts feront long feu s'ils ne s'accompagnent pas d'une réforme des institutions et d'une véritable volonté politique. Il convient donc d'introduire des mécanismes efficaces sur le plan de la régulation, de l'efficience managériale, de la stabilité financière, du suivi et de l'évaluation afin de garantir la durabilité à long terme du système. Il convient par ailleurs de renforcer la sensibilisation du public, qui doit pleinement comprendre les avantages en termes de santé et la nécessité de gérer et de maintenir la demande. Faire passer les villes d'Asie du Sud de l'intermittence à la régularité de l'approvisionnement est un objectif parfaitement réalisable et dont le coût est abordable s'il est mis en œuvre avec une préparation et une planification soigneuses.