Agrocarburants (2) Mesurer l'impact climatique

Agrocarburants (2) Mesurer l'impact climatique
Sommaire de l'article
Ce que les agrocarburants font déjà pour le climat
Ce que fera la deuxième génération
L'importance des procédés

L'un des objectifs affichés par les recherches visant à mettre au point une deuxième, voire une troisième génération, d'agrocarburants est de participer à la diversification des carburants remplaçant le pétrole. Ces nouveaux carburants doivent aussi contribuer à la limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et, ainsi, à la lutte contre les changements climatiques. Nombre de politiques publiques de par le monde encouragent à ce titre leur développement. Mesurer avec précision les émissions du secteur est donc devenu un réel enjeu politique et économique. Or la difficulté de comparer les agrocaburants entre eux rend la tâche ardue, les résultats variant beaucoup en fonction des cultures, des engrais et des terres employées, des modes de transport et de transformation retenus. Le seul résultat consensuel obtenu par les études disponibles à ce jour indique que les agrocarburants émettent moins de GES que des carburants fossiles durant l'intégralité de leur cycle de vie (de la production à la consommation), si leur production ne provoque aucun changement d'usage des sols (mise en culture, déforestation, etc.).

Calculer les émissions 

La directive européenne sur la promotion de l'utilisation de l'énergie produite à partir de sources renouvelables, adoptée en avril 2009, est le premier exemple de recherche de critères de mesure et de sélection des agrocarburants. Pour être comptabilisés dans les objectifs nationaux d'utilisation d'énergie renouvelable dans le secteur des transports, les agrocarburants, qu'ils soient fabriqués ou importés dans l'Union européenne, devront respecter une série de critères de durabilité. Le texte prévoit ainsi un seuil minimum de réduction des émissions de GES par rapport aux carburants fossiles (essence et gazole), sur l'ensemble du cycle de vie des produits. Toute nouvelle unité de production d'agrocarburants doit prouver qu'elle génère au minimum 35 % d'émission de moins qu'une unité de production de carburants fossiles. Ce critère devra être respecté par toutes les installations existantes, nouvelles ou anciennes, à partir du 1er avril 2013. Ces seuils seront plus sévères après 2017, prévoyant une réduction de 50 % à 60 % des émissions par rapport aux alternatives fossiles.

Au-delà de la définition de ces critères, il convient d'apprécier la méthode de calcul des émissions retenue par la directive. En effet, quand on transforme une ressource agricole en carburant, on génère d'autres produits - en moyenne deux tonnes de coproduits par tonne de carburant. Par exemple, la production de biodiesel (EMHV) à partir d'huile végétale de colza génère pailles, tourteaux (dédiés à l'alimentation animale) et glycérine. Affecter l'intégralité des émissions et consommations d'énergie de la chaîne de production au seul agrocarburant serait donc une erreur. La directive répartit les émissions entre produits et coproduits, au prorata de leur valeur énergétique respective, cette méthode étant la moins critiquée aujourd'hui. Néanmoins, en ne prenant pas en compte les changements d'usage des sols en amont des cultures, elle ignore volontairement une partie des impacts climatiques.

Si l'on applique le mode de calcul de la directive aux filières les plus représentatives en Europe actuellement, toutes émettent 35 % en moins de GES que les filières fossiles. Les meilleures performances sont obtenues par les filières qui valorisent les déchets (ordures ménagères, fumier, huiles animales ou végétales usagées), car on considère que cette matière première est produite sans émission. De même, la filière éthanol de canne à sucre brésilienne est considérée comme très peu émettrice parce que la transformation est alimentée par la combustion de bagasse (résidu fibreux de l'exploitation de la canne à sucre) dont les émissions de CO2 sont supposées être compensées par le CO2 capté par le végétal lors de sa croissance. Enfin, la contribution du transport de la biomasse et du biocarburant final est logiquement très importante pour les filières d'import (éthanol de canne à sucre du Brésil, graines de soja du Brésil ou huile de palme d'Indonésie ou de Malaisie).

Mesurer l'impact des agrocarburants sur le climat nécessite donc une analyse complexe des émissions générées à chaque étape de leur cycle de vie, " du puits à la roue ". Cette analyse a beaucoup progressé sans pour autant qu'une méthodologie de calcul universelle ait émergé. D'importants efforts restent encore à accomplir, en termes de prise en compte des changements d'usage des sols notamment. Le chantier est difficile car, pour être exacte, la méthode devra tenir compte de variables très locales, comme les émissions dues à l'usage d'engrais azoté ou la qualité des sols. Le recours actuel à des moyennes nationales ou de filières ne répond donc que très partiellement à ces besoins.

Ce que les agrocarburants font déjà pour le climat

Si l'on ne prend pas en compte le changement d'affectation des sols pour la mise en culture, les principaux agrocarburants disponibles sur le marché européen émettent au minimum 35 % de GES de moins que les carburants fossiles durant tout leur cycle de vie.
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Ce que fera la deuxième génération

La valorisation de déchets d'exploitations forestières, pour lesquelles aucune consommation d'engrais n'est nécessaire, devrait permettre aux filières éthanol et biodiesel de deuxième génération de présenter des bilans GES meilleurs que ceux de la première génération. D'après les valeurs publiées dans la directive européenne, les filières de deuxième génération émettront entre 76 % et 87 % pour l'éthanol et entre 92 % et 95 % pour les autres filières de moins que les références essence et gazole issues du pétrole brut. Ces gains sont donc dans tous les cas supérieurs aux seuils de réduction minimum actuels et futurs fixés par l'Europe. Mais ils ne prennent pas en compte les émissions dues aux éventuels changements d'usage des sols pour produire la ressource.
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L'importance des procédés

Pour une filière agrocarburant donnée (éthanol à partir de blé par exemple), le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) va grandement changer en fonction de l'énergie utilisée durant la fabrication.

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