Agriculture | Nourrir la planète en 2050 ?

Date: 2010
Régions:
Agriculture | Nourrir la planète en 2050 ?
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Sommaire de l'article
Produire ou partager ?
Comment se nourrit le monde aujourd'hui ?
Des mondes agricoles très divers
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En 2050, la planète devra nourrir près de 9 milliards d'individus. Les agricultures du monde pourront-elles répondre aux besoins de cette population en respectant les principes du développement durable dans ses trois dimensions, économique, sociale et environnementale ? Cette question est devenue particulièrement aiguë depuis que l'on a en partie expliqué les crises alimentaires de 2008 par un écart structurel entre la croissance de la demande de produits agricoles et la capacité de croissance de la production. Depuis 2006, le Cirad et l'INRA, dans le cadre de leur prospective " Agrimonde ", approfondissent le sujet.

Pour une majorité d'analystes, la croissance de la demande alimentaire ne changera pas de modèle et exige d'augmenter d'autant la production mondiale d'aliments : de 70 % en moyenne d'ici 2050 selon la FAO, et jusqu'à 100 % dans les pays en développement. De fortes augmentations des surfaces cultivées ou de la consommation d'intrants (eau, engrais, semences améliorées...) paraissent alors indispensables pour accroître les rendements. Certes, d'importantes surfaces cultivables non exploitées existent, notamment en Amérique latine et en Afrique subsaharienne, mais leur utilisation fait aujourd'hui l'objet de vives controverses, notamment en raison de l'impact sur le climat et la biodiversité. Ne devrait-on pas plutôt favoriser une intensification des productions à l'hectare et éviter la conversion en cultures de terres actuellement couvertes de forêts ou de pâtures ? Dans certaines régions d'Afrique subsaharienne ou d'ex-URSS, les rendements peuvent facilement être améliorés avec les technologies actuelles, ce qui contribuerait, sous certaines conditions, à accroître le revenu des populations rurales pauvres et leur accès à divers biens et services. Dans les régions où les rendements sont déjà très élevés, au sein de l'OCDE et plus encore en Asie, c'est la coexistence et la viabilité d'agricultures très différentes qui posent question : les unes s'appuient sur une très forte motorisation, les autres sur une main d'œuvre aussi pauvre qu'abondante.

Dans tous les cas, qu'elles reposent sur une croissance des surfaces cultivées ou des rendements, les stratégies d'augmentation des productions alimentaires se heurtent à la concurrence d'autres usages des terres, de l'eau ou de l'énergie, exacerbée par la croissance urbaine, le développement d'utilisations non alimentaires de biomasses agricoles (bioénergies, biomatériaux...) ou les effets du changement climatique.

Changer de régime et d'agriculture. La problématique de la sécurité alimentaire peut aussi être abordée en interrogeant la tendance qui pousse l'ensemble de l'humanité, en fonction de la croissance des revenus et du taux d'urbanisation, à consommer des aliments très caloriques et à très fort contenu en produits d'origine animale (viande, lait, œufs...). Ce modèle est-il inéluctable ? Ne montre-t-il pas déjà ses impacts négatifs sur la santé humaine, au Nord comme au Sud de la planète ?

Les différences actuelles de régimes alimentaires révèlent la nécessité impérieuse d'assurer un apport suffisant en calories et en nutriments dans les régions où cela n'est pas le cas, mais aussi de combattre certains excès inverses. L'ensemble des régimes pourraient alors converger, par exemple, vers un apport calorique total proche de 3 000 kilocalories par jour et par personne, dont 500 d'origine animale. à ce niveau, les besoins de production alimentaire sont très différents, ce qui ouvre des opportunités de production d'autres biens ou services, notamment environnementaux.

Les scénarios " Agrimonde " présentés ici mettent ainsi en évidence des marges de manœuvre qui redonnent une place prépondérante aux politiques publiques : identifier des trajectoires alternatives d'intensification agricole, moins dépendantes des énergies fossiles et à impacts moindres sur les ressources (sol, eau, biodiversité...) ; repenser l'alimentation des animaux ; infléchir l'évolution tendancielle des modèles alimentaires, tant chez les consommateurs que tout au long de la filière ; réguler les échanges internationaux pour que les grandes régions structurellement déficitaires puissent accéder aux productions des autres régions sans nuire aux capacités de développement de leur propre secteur agricole, etc. Un agenda de travail qui ne fait que s'ouvrir...

 

Produire ou partager ?

La population mondiale comptera sans doute 9 milliards d'habitants en 2050. Si l'on pense les besoins alimentaires à cette date sur la base d'une poursuite des tendances passées (rations de plus en plus riches et laissant une place croissante aux calories animales), il faut presque doubler la production agricole mondiale. Si l'on pense ces besoins futurs comme une convergence mondiale vers la ration mondiale moyenne actuelle (ce qui pour l'OCDE représenterait une réduction des protéines animales), la production agricole nécessaire mondiale n'est plus que 1,3 fois plus importante qu'aujourd'hui.

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