Afrique : la ville informelle

Date: 2010
Régions:
Afrique : la ville informelle
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Sommaire de l'article
1950-2010: La ville vient à l'Afrique
L'urbanisation de proximité
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Repère 15

Comment parler de " ville " ou d' " urbanisation " en Afrique ? Les statistiques officielles fournies par les pays sont si hétérogènes, qu'il n'y aurait guère de sens de les agréger à l'échelle du continent (lire repère 14). Partant de ce constat, le programme de recherche mondial e-Geopolis s'est donné pour but d'exploiter les données statistiques disponibles pour toutes les agglomérations de la planète ayant atteint 10 000 habitants depuis les premiers recensements du début du xixe siècle. Les premiers résultats publiés sur l'Afrique de l'Ouest montrent toutes les limites des classifications officielles. Des agglomérations ignorées sont mises à jour : par exemple, celle de Touba, 500 000 habitants sur 103 km2, deuxième ville du Sénégal derrière Dakar, centre religieux des Mourides, et considérée comme un amas de villages par l'État sénégalais. Au Nigeria à l'inverse, des dizaines de localités considérées comme des " villes " se révèlent de simples circonscriptions rurales dépourvues de tout noyau aggloméré urbain. Mais au-delà des cas particuliers, la quantification des populations, basée sur une définition harmonisée et alliée à une cartographie désormais disponible, agglomération par agglomération, soulève des questions nouvelles, qui ne peuvent pas être décelées par les statistiques urbaines nationales.

L'Afrique des petites villes. Aujour-d'hui, la croissance des grandes agglomérations en Afrique, quoi qu'encore soutenue, s'est très nettement tassée. Ainsi le taux annuel d'accroissement de la population d'Abidjan (Côte-d'Ivoire) est tombé de 8 % dans les années 1960 à 3,7 % de nos jours, celui de Cotonou (Bénin) de 8,1 % à 4,4 %, etc. Cependant, si en Afrique le problème de l'explosion urbaine est en voie d'être maîtrisé, il en surgit un autre non moins redoutable : celui de la dispersion et de la prolifération de nouvelles agglomérations, petites et moyennes. Ainsi, le nombre d'agglomérations de 10 000 à 20 000 habitants, par exemple, a doublé entre 1980 et 2000 en Afrique de l'Ouest. Souvent exclues de la catégorie des " villes " par les statistiques officielles, elles sont également occultées par les bases de données internationales, qui ne s'intéressent qu'aux plus grandes.

Cette prolifération a des causes démographiques et géographiques. La fécondité, qui baisse moins vite en Afrique que dans le reste du monde, reste encore très élevée dans les campagnes. Comme la population est jeune et le taux de natalité fort, le ralentissement de l'exode rural entraîne un effet de rétention de la population auquel s'ajoute, dans certains cas, des migrations-retours. Dans les régions les plus denses et/ou dans celles où le peuplement est groupé, les bourgs, soumis à un taux de croissance démographique de 2,5 à 3 % par an, se transforment rapidement en véritables agglomérations " urbaines ". Cette urbanisation in situ ne procède ainsi plus de l'exode rural mais, pour ainsi dire, d'une absence d'exode rural. Ces nouvelles agglomérations ne sont que rarement reconnues comme " urbaines " par les autorités. La plupart n'ont ni le statut officiel de " ville ", ni les équipements, ni les services, ni les modes de gouvernance et de fonctionnement adaptés.

La dispersion et la prolifération des agglomérations ne font qu'aggraver le volume de circulation, l'allongement des temps de transport et l'emprise terrestre des voiries. Elles posent les problèmes de développement d'une manière radicalement différente de ceux des grandes agglomérations. La question centrale pour ces villes est en effet l'accès aux grands équipements, comme les hôpitaux, les Universités ou les aéroports. À l'échelle du continent, elles aggravent enfin les disparités entre des métropoles suréquipées et des agglomérations dépourvues des services de base, et dont les habitants se sentent exclus du droit à être citadins.

Ce phénomène est largement masqué par la représentation courante en " classes de taille " : lorsque leurs seuils sont fixes (10 000, 20 000, etc.), les classes supérieures, ouvertes à l'infini vers le haut, se remplissent automatiquement et nourrissent cette impression d' " explosion " urbaine. L'approche cartographique employée ici nous rappelle, au contraire, que l'espace géographique n'est pas infini : l'augmentation du nombre d'agglo-mérations se traduit par la densification de leur semis. Autrement dit : en proliférant, les agglomérations se rapprochent en quelque sorte de la population africaine, où qu'elle se trouve sur le territoire. Ainsi, il n'existait aucune agglomération de plus de 10 000 habitants dans toute la Mauritanie en 1960, mais déjà 10 en 2000. Mais pour que l'urbanisation se rapproche vraiment des Africains, il faudrait que les pouvoirs publics suivent et s'emploient à faire coller les chiffres avec les faits sur le terrain.

1950-2010: La ville vient à l'Afrique

La majeure partie de la population urbaine d'Afrique de l'Ouest vit aujourd'hui dans des agglomérations comptant entre 10 000 et 9 millions d'habitants. Une très grande partie de ces villes n'existait pas en 1950. Ce sont les petites villes, entre 10 000 et 100 000 habitants qui ont le plus proliféré, témoignant à la fois de la croissance démographique de la région et de l'affaiblissement de l'exode rural vers les grandes villes de plus de 10 millions d'habitants.
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L'urbanisation de proximité

La majeure partie de la population urbaine d'Afrique de l'Ouest vit aujourd'hui dans des agglomérations comptant entre 10 000 et 9 millions d'habitants. Une très grande partie de ces villes n'existait pas en 1950. Ce sont les petites villes, entre 10 000 et 100 000 habitants qui ont le plus proliféré, témoignant à la fois de la croissance démographique de la région et de l'affaiblissement de l'exode rural vers les grandes villes de plus de 10 millions d'habitants.

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